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L’accident du vol 571 : Un crash d’avion qui mène à du cannibalisme

Dernière mise à jour : 26 mars 2020

Le 12 octobre 1972, un avion décolle de Montevideo en Uruguay. À son bord, cinq membres d’équipage et quarante passagers se rendent au Chili pour assister à un match de rugby. Hélas, l’avion n’arrivera jamais. Après un crash des plus violents, deux mois s’écoulent durant lesquels les survivants doivent faire face au froid, à l’isolement et à la faim. Ils n’ont alors pas d’autres choix que d’avoir recours à ce qui effraie tout être humain : le cannibalisme.


Aéroport de Carrasco à Montevideo, le 12 octobre 1972. Les membres de l’équipe de rugby Old Christians ainsi que leurs parents et leurs amis embarquent dans un Fairchild FH-227 afin de se rendre à Santiago au Chili. Le vol se passe très bien mais en fin de journée, les conditions climatiques forcent le pilote à se poser en Argentine pour y passer la nuit. Le lendemain matin, l’avion reprend son trajet pour rejoindre le Chili afin que l’équipe de rugby puisse disputer son match. Ainsi, le pilote de l’avion, Julio Ferradas, décide de traverser la cordillère des Andes.


Alors qu’il la survole, l’avion n’a aucune visibilité puisqu’il plane au-dessus des nuages. Ayant calculé la trajectoire, le copilote avertit la tour de contrôle que l’appareil a fini le survol de la montagne et qu’il va entamer sa descente. Seulement, les calculs sont mauvais : comme l’avion reçoit un vent de face, cela le ralentit et sa trajectoire se trouve rallongée. L’appareil descend trop tôt. Il percute un premier glacier qui lui arrache l’aile droite, celle-ci est emportée vers l’arrière et entraîne avec elle la queue de l’avion ainsi que plusieurs passagers. Continuant sa chute, l’appareil perd son aile gauche qui est arrachée lors d’une collision avec un autre sommet de montagne. Enfin, l’avant de l’avion comportant la plupart des passagers finit dans un glacier à mille trois cents mètres d’altitude, dans une zone reculée entre le Chili et l’Argentine.


Les trente-trois survivants réussissent à se dégager de la neige et restent dans l’avion qui leur sert d’abris contre le froid. Ils tentent de survivre avec le peu de nourriture qu’ils ont : des chocolats, des biscuits et de l’alcool. Apprenant par radio que les recherches sont abandonnées huit jours après l’accident, les rescapés comprennent qu’ils ne pourront compter que sur eux-mêmes. Ils commencent à s’organiser pour partir à la recherche des secours. Seulement le froid, l’altitude et la faim ne leur permettent que de mener de petites expéditions autour de l’avion. Il faut d’abord retrouver des forces pour pouvoir repartir. Ainsi, pour combler la faim qui les affaiblit, les survivants tentent de manger les bandes de cuir des bagages. Hélas, les produits chimiques présents sur celle-ci les rendent incomestibles. Ensuite, ils déchirent les coussins dans l’espoir d’y trouver de la paille, mais ceux-ci ne sont remplis que de mousse. Les survivants décident même de manger la neige pour tenter de combler la faim, mais rien n’y fait…


C’est alors qu’à court d’idée, Nando Parrado assure que pour survivre, il va falloir manger le corps du pilote qui a été préservé par le froid. Avant de commencer à manger, tous les rescapés s’entendent sur le fait que si l’un d’entre eux venait à mourir, les autres pourraient manger son corps pour survivre. À la suite de cette discussion, Roberto Canessa, étudiant en médecine alors âgé de dix-neuf ans, montre aux autres comment découper un corps. Le jeune homme utilise des éclats de hublots et des lames de rasoirs. Il extrait alors la chair du corps du pilote et commence à la manger, avant de la distribuer aux autres passagers. Il racontera plus tard : « Nous nous sommes demandés si nous étions en train de nous transformer en bêtes sauvages. En vérité, nous étions en train de repousser les limites de notre peur. ».


Les jours passent sans grande amélioration. Alors que le groupe arrive à la fin de ses réserves de viande humaine, une avalanche recouvre l’avion en pleine nuit le 29 octobre. Elle fait huit nouvelles victimes. Les survivants qui ont échappé à l’avalanche restent trois jours enfermés dans l’appareil, à côté des cadavres de leurs amis morts par le froid, avant de se frayer une ouverture dans la neige. Fernando Parrado et Roberto Canessa décident alors de repartir à la recherche de secours, emportant des rations de corps préservés par le froid et vêtus d’habits chauds. Ils réussissent à escalader la chaîne de montagne du côté ouest de l’avion et descendent dans la vallée du Rio Azufre. Après des jours de marche, Fernando et Roberto aperçoivent une vache ainsi qu’un paysan. Ils font des signes à l’homme et l’appellent afin d’attirer son attention, ne pouvant pas le rejoindre car une grande rivière les sépare. Quelques heures plus tard, le paysan les rejoindra accompagné de secours.


Le 22 décembre, deux hélicoptères de l’armée guidés par Parrado, rejoignent les lieux de l’accident. Les secours ne peuvent ramener que six survivants par manque de temps et reviennent le lendemain pour secourir les autres. Au total, ce sont seize personnes qui seront emmenées en urgence à l’hôpital de Santiago où elles seront soignées pour malnutrition, déshydratation, déchaussement des dents, gelures, mal aigu des montagnes… Ces seize survivants garderont à vie des séquelles de l’accident, en particulier d’avoir dû manger les corps de leurs amis décédés. Roberto Canessa, aujourd’hui devenu cardiologue pédiatre, se rappelle avec horreur de ces instants : « Nous savions ce qu’il fallait faire, mais c’était trop dur à admettre. Les corps de nos amis et coéquipiers, conservés dehors dans la neige et la glace, contenaient les protéines qui pourraient nous aider à survivre. Mais pourrions-nous le faire ? ».


Après avoir longtemps nié les rumeurs d’anthropophagie et de cannibalisme, les survivants ont dévoilé la vérité lors d’une conférence de presse. C’est Pancho Delgado qui a rétabli la vérité, avant de comparer leur situation avec le dernier repas du Christ. En effet, il a mis en parallèle l’hostie que l’on mange à l’église qui représente le corps du Christ, avec le corps de leurs amis. Suite à cette révélation, le pape Paul VI les a absous, mais beaucoup restent horrifiés et critiquent la décision des survivants. Cette histoire pose question sur cette pratique vue comme un péché mais qui a pourtant permis de sauver la vie de seize personnes…

Constance