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L'aéroport de Denver : légende urbaine ou nouvel ordre mondial ?

L'aéroport international de Denver est titanesque. Il est le deuxième plus grand aéroport au monde en terme de surface, le cinquième en mouvement d'avions et le dixième en trafic commercial. Depuis sa construction, des éléments étranges s'accumulent. Beaucoup de locaux et d'internautes s'interrogent : le Denver International Airport n'est-il qu'un simple aéroport ou cache-t-il des secrets ?


Le Colorado est un état au cœur des États-Unis. Célèbre pour ses paysages divers et sa chaîne de montagnes, les Rocheuses, Denver en est la capitale. Au début des années 1980, l'aéroport de Stapleton, qui dessert alors Denver, est mis sur la touche. La ville veut créer un nouvel aéroport, plus grand, plus moderne. Denver en a besoin pour s'imposer sur la scène nationale. Le chantier débute une décennie plus tard. Une feuille de route est établie. Dans dix-huit mois, Denver aura son aéroport : le Denver International Airport, ou DIA. Pour 1.7 milliards de dollars, il comportera six pistes sur une plaine de plus de trente-quatre mille hectares. Il sera le plus grand aéroport du pays.


Le Denver International Airport. Sa structure en forme de tente est un hommage à la géographie de la région. © Photograph provided courtesy of Denver International Airport

Malheureusement, les travaux prennent du retard et les coûts s'accumulent. Le chantier durera trente-six mois, et coûtera finalement 4.8 milliards de dollars. La principale cause du retard est l'ambitieux système de distribution des bagages automatiques. Sous l'aéroport est créé un réseau complet pour amener les bagages de l'enregistrement à l'avion automatiquement. Nous sommes alors au début des années 90, et le système est bien trop ambitieux.


À l'inauguration du DIA, le 28 février 1995, le système de bagages est encore balbutiant. En 2005, et après dix ans de problèmes, le système automatique est arrêté au profit du transport manuel des bagages. Le système sans vie de tri des bagages repose encore dans les entrailles du DIA.


L'aéroport de Denver est donc un projet ambitieux et moderne au cœur du Colorado. Une des autres spécialités de cet état est sa profusion de théories du complot. Avec ses nombreuses zones classées secret Défense et ses domaines militaires, le Colorado est une mine d'or pour les complotistes. La création d'un énorme complexe au milieu de l'état attire donc les théories et les légendes urbaines.


Plusieurs éléments seraient à prendre au sérieux pour les partisans du complot. Nous allons donc les passer en revue, et les replacer dans leur contexte.


En premier lieu, la grande surface souterraine est un élément plus que suspect pour qui cherche la preuve d'un complot. Comme nous l'avons vu, le DIA a en son sein la carcasse de son système de bagage abandonné, mais aussi de nombreux couloirs souterrains. L'explication la plus logique est donnée par l'aéroport à qui veut l'entendre. Les nombreux couloirs permettent de faire circuler les bagages aisément tirés par des voiturettes. C'est une véritable autoroute en dessous de l'aéroport avec ses limites de vitesse et son personnel attitré. De surcroît, le DIA a un métro pour amener les voyageurs au plus près de leur hall de départ. Cette explication ne convient pas à tout le monde.


Et si en-dessous de l'aéroport il y avait autre chose ? En prenant un des ascenseurs pour descendre sous l'aéroport, on peut remarquer que l'étage « -1 » et « -2 » sont manquants. Soucis logistiques ou étages cachés ? Certains assurent même que ce sont cinq étages qui se trouvent sous DIA, et non pas trois comme la version officielle le proclame.


Trois grandes thèses s'affrontent alors pour l'utilité de ces tunnels et souterrains. Le retard accumulé dans les travaux aurait été dû à la construction de bunkers d'urgence géants. Créés pour protéger les élites mondiales (célébrités, politiciens, billionnaires), l'emplacement au centre du pays serait stratégique. Les bunkers souterrains pourraient aussi être un centre de commandement pour le gouvernement du nouvel ordre mondial quand il sera mis en place. Une autre hypothèse plus sombre est aussi mise en avant. Les sous-sols seraient en fait des camps de concentration FEMA. Théorie du complot en elle-même, l'existence de ces camps est encore à prouver. Il y en aurait plusieurs dans le monde pour y mettre, dans un futur proche où le nouvel ordre mondial sera établi, les dissidents politiques. Une autre théorie, encore plus exotique, clame la présence d'extraterrestres dans les souterrains. Après tout, les pistes d’atterrissage peuvent accueillir des avions, pourquoi pas des vaisseaux.


Ces grands souterrains sont donc vu d'un bien mauvais œil. Évidemment, toutes ces allégations restent à prouver et relèvent encore de la légende aujourd'hui. Toutes les personnes s'étant rendues officiellement dans les sous-sols n'ont jamais vu la moindre chose suspecte.


Dans ce deuxième temps, nous allons observer la plaque commémorative, ou Dedication Stone, située dans le grand hall de l'aéroport.


La plaque commémorative de DIA. © Andy Cross, The Denver Post

Cette plaque n'est pas là pour commémorer une guerre ou l'influence d'un politicien. C'est une plaque de remerciement et de reconnaissance. Posée le 19 mars 1994, un an avant l'inauguration du DIA, elle remercie plusieurs groupes de personnes. En tête, le maire de Denver, le gouverneur de l'état du Colorado et le secrétaire au transport. On trouve au pied de la plaque le nom des principales entreprises qui ont construit le bâtiment : les architectes, les experts en aéronautique et l'entreprise qui a fourni le métal.


Au milieu de tous ces noms se dessine un symbole. Un symbole, qui pour beaucoup est synonyme de complot : la marque des francs-maçons. De part et d'autres du symbole, deux loges maçonniques et leurs grands maîtres reconnaissent avoir apposé cette pierre et leur implication dans la création de l'aéroport. Il faut cependant séparer les francs-maçons de l'image que les légendes urbaines leur ont créées. La direction de l'aéroport a déjà expliqué que ces deux loges sont très influentes dans le Colorado et ont grandement participé à la naissance de ce projet titanesque. L'implication des francs-maçons dans la création de cet aéroport n'est donc pas un mythe.


Une autre chose notée sur la pierre attire les complots : la présence d'une capsule temporelle. Enfermée pour cent ans, elle devra être ouverte par les habitants du Colorado en 2094. Elle contient des messages et des souvenirs de l'époque à laquelle elle a été fermée. Certains pensent que cette pierre sera ouverte par les survivants de l'apocalypse qui se profile. D'autres y voient une fin du monde dans les années à venir.


La troisième bizarrerie concerne la statue qui accueille les passagers dans l'aéroport. Cet imposant cheval effraie les enfants, mais aussi leurs parents. Pesant plus de quatre tonnes, ''Mustang'' culmine à neuf mètres de haut. Pour l'instant, rien de bien étrange, une simple œuvre d'art dans un aéroport. C'est à partir d'ici que les choses deviennent plus sombres. Ce cheval est en train de se cabrer. Sous sa peau bleue, de nombreuses veines ressortent. Mustang a des yeux rouges, perçant le plus épais des brouillards. Commandé par l'aéroport, ce cheval géant sera un chantier de quinze ans pour son artiste, Luiz Jimenez. Une légende urbaine raconte le destin funeste de cet artiste. En terminant son œuvre, la tête du cheval lui serait tombé dessus, entraînant sa mort. Depuis, le cheval serait hanté par l'âme de l'artiste tué par son œuvre. Les locaux commencent alors à renommer la statue en Blucifer, jeu de mots entre Lucifer et bleu.


Mustang ou Blucifer, la statue maudite de l'aéroport. © Photograph provided courtesy of Denver International Airport

Le plus étrange dans cette légende, c'est qu'elle est, dans les grandes lignes, véridiques. Luiz Jimenez a bien passé quinze ans de sa vie à travailler sur Mustang. Pendant sa création, il a subi plusieurs blessures et problèmes de santé.Toutes ces choses se sont additionnées. Avant de finir son œuvre, Luiz Jimenez est malheureusement décédé. Ses enfants finissent Mustang pour lui rendre hommage. La couleur rouge des yeux du cheval n'est qu'un autre hommage. Le père de Luiz tenait une boutique de néon. Les yeux ne sont que des néons rouges en son honneur.


Cette histoire tragique n’empêche pas d'autres interprétations de cette statue. Le choix d'un cheval ne serait pas anodin, mais plutôt une référence biblique. Mustang représenterait un des chevaux des cavaliers de l'apocalypse. Sa place dans l'aéroport indique son importance. Blucifer marque l'arrivée imminente des autres cavaliers de l'apocalypse. Ou ce n'est qu'une œuvre d'art, à vous de voir.


Le quatrième indice que nous aurait laissé le nouvel ordre mondial est dans l'aéroport cette fois. En vous baladant dans le hall, vous y croiserez de nombreuses œuvres d'art. Des sculptures, des œuvres accrochées au plafond, mais aussi des fresques.


Une des quatre fresques de Leo Tanguma, "Children of the World Dream of Peace". © Photograph provided courtesy of Denver International Airport

Dans ces quatre fresques de Leo Tanguma, la paix, l'harmonie et la nature se conjuguent autour d'enfants du monde entier. La symbolique des tableaux plonge certains dans la confusion. Entre deux enfants souriants, on découvre des soldats, des animaux morts, des armes, des personnes prêtes à être enterrées. Les références sociales, politiques et occultes pourraient être une copie du manifeste du nouvel ordre mondial. Les soldats en seraient les bras armés. Tous ces beaux enfants auraient été manipulés génétiquement. La paix et l'harmonie ne serait qu'illusoire. Bien que très troublant, ces tableaux sont l’œuvre de Leo Tanguma. Il a été choisi pour exposer ces œuvres par un comité de citoyens et de représentants de l'aéroport. Ce n'est pas une personne qui a choisi seule d'afficher ces fresques. L'artiste défend, aujourd'hui encore, le message positif que reflète ces œuvres. Le dernier petit élément est sûrement le plus excentrique. En 2019, de nouvelles œuvres rejoignent les halls du Denver International Airport. Ce sont des gargouilles. Sortant de valises, ces gargouilles sont assez comiques au premier abord. Dans une opération de communication, une des gargouilles parlent même avec les voyageurs. Elle joue alors de la réputation qu'a l'aéroport d'être au centre des complots.


Les théoriciens du complot ne les voient pas évidemment du même œil. Les gargouilles en ellesmême seraient des symboles reptiliens. Elles raconteraient notre futur proche. Des gens incluront dans les valises de tous les passagers une arme chimique ou une maladie. Ainsi, en vingt-quatre heures, la planète entière serait contaminée. Notre monde serait alors à la merci des plus puissants. Ces gargouilles ne seraient que des farces, se moquant de ceux qui subiront ce destin. Le Denver International Airport est donc au centre de beaucoup de théories et de légendes urbaines. L'équipe de l'aéroport en est très consciente et n'hésite pas à en jouer. Les travaux s’enchaînent à l'aéroport et une campagne d'affichage y a été mise en place. Jouant avec les complots qui l'entourent, le public peut en apprendre plus sur la véritable utilité du DIA : être un aéroport.


Si votre prochaine aventure vous mène à Denver, n'oubliez pas de regarder autour de vous. Les fresques et les gargouilles n'hésiteront pas à vous accueillir à bras ouverts. Blucifer ne sera pour vous, je l'espère, que le début de votre visite à Denver.


Emilie