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Jean claude romand - l'adversaire

En 2002, le film l'Adversaire, réalisé par Nicole Garcia et avec Daniel Auteuil en rôle principal sort en France. Ce drame raconte l'histoire vraie de Jean Claude Romand, mythomane pathologique et pervers narcissique. Le 9 janvier 1993, ce faux médecin passe du statut de baratineur à celui de meurtrier en tuant toute sa famille. Après vingt-six ans de prison, sa liberté conditionnelle a été acceptée en avril 2019 par le tribunal.


Jean Claude Romand naît le 11 février 1954 dans le Jura. Il grandit seul, sans frère ni sœur, mais avec des parents aimants qui le poussent à être toujours meilleur. Très bon élève, ses résultats scolaires sont excellents. Il saute même une classe et passe son bac avec un an d'avance par rapport à ses camarades. Il se décide ensuite à préparer le concours des eaux et forêts, préparation qu'il arrête suite au harcèlement scolaire qu'il subit. L'année suivante, il intègre l'école de médecine de Lyon. C'est décidé, il sera médecin. Sa première année se passe bien. Mais en deuxième année, il ne se présente pas aux examens. Personne ne sait réellement pourquoi. Peut-être par peur de l’échec.


Durant quatorze ans, Jean Claude Romand fait croire à ses proches qu'il y arrive, qu'il gravit les échelons. Il ne veut pas les décevoir. Or, il reste bloqué en seconde année de médecine et n'ira pas plus loin. Pendant de nombreuses années, sa vie se résume à traîner dans les couloirs de la fac, se montrer devant les salles d'examen, et assister à certains cours. Dans ce lieu d'errance, il rencontre sa future femme, Florence, étudiante en pharmacie. Elle le croise presque tous les jours dans les couloirs de l'école. Et à aucun moment Florence ne doute de ce que lui raconte Romand.


Cependant, il ne peut éviter quelques interrogations de ses camarades et de sa famille qui commencent à trouver certaines choses louches. Il s'invente alors des maladies, puis un cancer. Venir tous les jours à l'école lui est dorénavant impossible puisqu'il doit se soigner. Et à chaque question embarrassante, la réponse est toute trouvée : il est malade et sous traitement lourd. Il attire la sympathie et l'admiration des personnes qui l'entourent.



En 1980, Jean Claude Romand épouse Florence, pleine d'admiration envers son mari qui se dit médecin et chercheur à l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé). De cette union, deux enfants naissent : Carole et Antoine qui ont deux ans d'écart. Ils sont choyés et mènent une vie idéale avec des vacances à la mer, à la montagne, de nombreux cadeaux et beaucoup de preuves d'affection de la part de leurs parents.


Tous les matins, Romand embrasse sa femme, qui reste à la maison. Elle n'a pas besoin de travailler puisque son mari gagne assez d'argent pour nourrir toute la famille. Du moins, c'est ce qu'elle croit. Ensuite, il dépose ses enfants à l'école. Et il erre. Il reste parfois des journées entières sur un parking à lire des livres médicaux et des revues scientifiques. D'autres fois, il va à Genève, au siège de l'OMS, l'endroit où il prétend travailler. Il connaît bien les locaux, non pas parce qu'il y travaille, mais parce qu'il à un badge « visiteur » dont il se sert pour assister aux conférences publiques. Puis tous les soirs, Romand rentre en inventant une journée de travail auprès de sa femme.


Le mensonge ne s'arrête pas à sa vie professionnelle. Il raconte à qui veut l'entendre qu'il a accès à des placements très intéressants en Suisse. Si on lui confit de grosses sommes, l'argent sera fructifié à des taux extrêmement lucratifs. Et sa famille, sa belle famille et ses amis lui font confiance. Bien sûr, il n'existe aucun placement en Suisse et Romand amasse toutes les économies de ses proches. Il se sert de cet argent pour faire vivre sa famille.



Romand est apprécié de tous. C'est le gendre idéal, le fils rêvé. Lors des repas dominicaux, il donne des conseils pour soulager les maux de chacun. Au fil de ses longues journées de lecture, le faux médecin a accumulé une culture médicale impressionnante. Il arrive à tenir des discussions avec de grands médecins qui l'estiment beaucoup.


L'étau se resserre pour Romand lorsqu'on lui demande l'argent qu'on lui a prêté. Les prêteurs, qui ont confié leur argent pour le faire fructifier en Suisse veulent le récupérer ! Il n'a plus le choix. Il faut tout avouer, sa fausse carrière, son faux train de vie, ses mensonges à répétition depuis des années... Tout. Mais Jean Claude Romand est trop fier et trop honteux. Il n'a pas d’échappatoire, il doit commettre l’irréparable pour s'en sortir.



Combien de temps l'assassin a-t-il prémédité son meurtre ? Cette question reste sans réponse. Ce samedi 9 janvier 1993, Jean Claude Romand abat froidement sa femme qui dort encore dans le lit conjugal. Il porte plusieurs coups de rouleau à pâtisserie en pleine tête de la malheureuse. Les enfants dorment encore. Ils viennent de reprendre l'école et profitent innocemment de leur week-end.


Quand ils se lèvent enfin, Romand les accueille comme à son habitude. Pendant que Caroline, sept ans et son frère Antoine, cinq ans regardent la télé, Romand prépare le petit déjeuner. Puis ils mangent ensemble, devant l'écran. Que pense alors Romand à cet instant ? Quand les enfants ont fini leur repas, Romand se lève pour rejoindre la chambre vide des enfants. Et puis, il appelle Caroline. Naïvement, la jeune fille rejoint son papa qui l'attend avec un fusil équipé d'un silencieux. C'est d'une balle dans la tête qu'elle décédera. Antoine subira le même sort. Romand se retrouve dans cette maison silencieuse, avec trois cadavres à l'étage. Ce matin-là, il sort en ville acheter le journal. En revenant, il relève son courrier et, comme si de rien n'était, regarde la télévision le reste de la matinée.


Ensuite, il part pour le déjeuner chez ses parents. Pour ce repas, toute la famille devait être présente. Mais Jean-Claude Romand invente, encore une fois, un mensonge pour justifier l'absence de sa femme et des enfants. Durant le déjeuner, il tue sa mère, son père et leur chien, un labrador. Comme pour les enfants, les victimes décèdent d'une balle de fusil.


Sans attendre, il reprend sa voiture et part en direction de Paris pour retrouver sa maîtresse. Il l'a rencontrée il y a quelques années, pendant qu'il errait dans Paris alors qu'il avait inventé un voyage d'affaire auprès de sa femme. Il l'avait embobinée, elle aussi, lui racontant ses heures de recherches à l'OMS et les personnalités importantes qu'il côtoyait. Ce soir-là, il lui avait promis un dîner avec Bernard Kouchner, ce médecin qui était devenu politicien. Après être passé la prendre, il lui avait fait croire qu'il ne connaissait plus la route. Et dans un bois, il tenta de l'étrangler. Elle le supplia, lui promet de ne rien dire s'il la libère. Et cela fonctionne. Romand la ramène chez elle en s'excusant et en prétextant une mystérieuse maladie psychologique.


Cette nuit-là, quand il rentre chez lui, il asperge d'essence les cadavres de sa femme et ses enfants. Il en met aussi un peu partout dans la maison. A quatre heures du matin, il avale des somnifères et met le feu à la maison. Les éboueurs, découvrant l'incendie appellent les pompiers qui arrivent vite sur place. Ils éteignent le début d'incendie et découvrent les corps de Florence, Carole et Antoine. Romand, quant à lui, est retrouvé dans un coma profond.


Le jugement de Jean Claude Romand à lieu le 2 juillet 1996. Pour ce quintuple meurtre, Romand est condamné à la prison à perpétuité. Au bout de vingt-deux ans, il aura le droit de demander un aménagement de sa peine. Dans la prison de Saint-Maur, vers Châteauroux, Romand est un détenu modèle. Il ne fait aucune vague, s'entend bien avec les autres détenus qui le surnomment « Docteur » et le consultent régulièrement pour soigner leurs douleurs ou blessures. Il restaure aussi de vieux documents appartenant à l'Institut national de l'audiovisuel et se convertit à la religion catholique.


C'est donc sans étonnement qu'au bout de dix-neuf ans, le détenu demande une libération pour septembre 2018 (soit vingt-deux ans et deux mois après son procès). Demande qui est rejetée. Mais il persévère. En avril 2019, il réitère sa demande qui est, cette fois, acceptée. Le 28 juin 2019, dans la nuit, Romand est transféré de sa prison à l'abbaye de Fontgombault, dans l'Indre. Il vit parmi des moines et a interdiction de parler de l'affaire à la presse.


Durant deux ans, il est placé sous contrôle électronique. Il peut sortir seulement lors de certaines plages horaires. Quand ces deux années seront passées, il sera soumis à des mesures de contrôle plus classiques durant dix années. Dans douze ans, le plus grand manipulateur de France sera définitivement libre.


Une obligation de soin et l'interdiction d'aller dans les départements dans lesquels il a commis ses crimes (Ile-de-France, Bourgogne-Franche-Comté et Auvergne-Rhône-Alpes) lui sont imposés à vie. L'avenir nous dira si Jean-Claude Romand s'est réellement assagit ou si son allure de détenu modèle et repenti n'est, encore une fois, qu'un leurre.


Lotte