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H. H. Holmes et son hôtel de l’horreur

Si le nom d’H. H. Holmes ne vous dit peut-être rien, celui de Norman Bates dans le livre et le film éponyme Psychose ne devrait pas vous être inconnu. En effet, ce sont les crimes de ce sinistre individu qui ont majoritairement inspiré Robert Bloch, l’auteur du roman Psychose, publié en 1959.


H. H. Holmes, de son vrai nom Herman Webster Mudgett, a quant à lui sévi à la fin du XIXe siècle. Né le 16 mai 1861, dans l’état du New Hampshire aux États-Unis, il était le benjamin d’une fratrie de cinq enfants au sein d’une famille relativement aisée, ayant fait fortune dans le domaine agricole. Harcelé à l’école à cause de son strabisme divergent, il fut confronté à sa phobie des docteurs par ses harceleurs, celui-ci étant forcé de se rendre dans des cabinets de médecins et à fixer des squelettes des heures durant. Cette torture se transforma pourtant rapidement en loisir, le jeune garçon devenant progressivement fasciné par l’anatomie humaine.


Lors de ses études de médecine, Mudgett devint l’assistant du Professeur Herdman à l’Université du Michigan, un éminent docteur en anatomie. Il commença alors à subtiliser des cadavres à l’université avant de les ramener chez lui afin de les mutiler et les disséquer. Il élabora également de nombreuses fraudes aux assurances, en souscrivant à des assurances vies sous de fausses identités pouvant correspondre aux cadavres qu’il récupérait. C’est à cette époque qu’il décida de changer de nom, afin de ne pas attirer l’attention des compagnies d’assurances en étant le seul bénéficiaire de plusieurs personnes mystérieusement décédées.


Après avoir terminé ses études, il devint itinérant à travers les États-Unis, enchaînant les emplois précaires ainsi que les conquêtes. Grand séducteur, Holmes charmait les femmes sans difficultés, et se mariait régulièrement avant de quitter ses épouses, sans jamais officiellement divorcer, et sans que ces femmes n’aient connaissances les unes des autres.


C’est en 1886 qu’il s’installa à Chicago, où il commença à travailler dans une pharmacie pour un couple un peu plus âgé que lui. Il finit par racheter cette même pharmacie, ainsi qu’une parcelle de terrain lui faisant face de l’autre côté de la rue. Il décida d’y construire un complexe, comprenant des boutiques au rez-dechaussée, un espace de stockage au premier étage, un hôtel au deuxième et troisième étage puis un bureau lui étant attitré au sommet du bâtiment.


Les deux étages dédiés à l’hôtel furent construits par de nombreuses entreprises afin de ne pas éveiller les soupçons. En effet, Holmes était en train de bâtir un manoir de l’horreur, un piège parfait pour toutes personnes pénétrant en ces lieux, et ce, afin de bénéficier d’un grand nombre de cadavres pour ses escroqueries à l’assurance vie. Ces étages comprenaient trente-cinq pièces dites « piégées » avec des trappes pouvant enfermer les personnes y entrant, des escaliers ne menant nulle part, des couloirs formant un réel dédale ou encore des fausses portes ; de quoi mettre ses victimes dans un état de stress profond alors qu’elles tentaient de s’échapper, afin d’en faire des proies faciles.


Un bon nombre de pièces comprenaient un système similaire à celui des chambres à gaz, dont il pouvait contrôler les mécanismes depuis son bureau au quatrième étage. Les murs de l’une des pièces étaient recouverts de plaques en métal ; derrière ces murs se trouvaient des chalumeaux qui, une fois allumés, chauffaient le métal jusqu’à ce que la chaleur de la pièce devienne insoutenable… puis mortelle. Si quelqu’un pénétrait dans les étages où se déroulaient ces atrocités, une alarme retentissait dans le bureau de Holmes ou dans les pièces dans lesquelles il pouvait se trouver, afin de lui éviter d’être pris en flagrant délit.


Si ses victimes n’étaient pas directement tuées par les mécanismes présents dans les pièces, Holmes s’occupait également de les torturer en les écartelant ou en les empalant, avant d’expérimenter sur les corps au sous-sol. Des murs sur pivots ainsi que des puits de jour lui permettaient d’y balancer les cadavres sans se faire remarquer de qui que ce soit. Ce sous-sol n’était accessible que par une trappe se trouvant dans l’une des salles de bain de l’immeuble. Holmes y avait installé des tables de dissection, de l’acide sulfurique, ainsi qu’un crématorium. Il avait pour habitude d’écorcher vif ses victimes, de les dépecer entièrement, de nettoyer les os puis de vendre les squelettes à des professionnels médicaux.


Un bon nombre de ses victimes étaient des femmes à qui il faisait une offre d’emploi pour travailler dans son hôtel, qui n’aura finalement jamais officiellement ouvert. L’avantage de faire signer un contrat à ses victimes étant qu’il faisait en sorte que ses employés souscrivent à des assurances vie, le désignant comme seul bénéficiaire, afin qu’il touche une somme d’argent importante s’il leur arrivait quoi que ce soit. Il lui arriva également d’alpaguer des inconnus dans la rue afin de les attirer à l’intérieur. Il profita d’ailleurs de l’afflux de touristes à Chicago en 1893 pour l’Exposition Universelle, où il se rendit pour faire de la publicité à son établissement.


La première victime officielle de Holmes s’appelait Julia Connor. Elle était mariée à Ned Connor, qui travaillait dans la bijouterie au rez-de-chaussée de l’immeuble. Julia et Holmes entamèrent une liaison, ce dont Ned se rendit rapidement compte. Ce dernier décida de quitter la ville, laissant Julia et sa fille Pearl avec Holmes. Elle tomba enceinte en 1891, et Holmes lui proposa de pratiquer un avortement sur celle, chose possible pour un homme titulaire d’un diplôme universitaire de médecine. La jeune femme accepta, mais ne survécut pas à la procédure. Sa fille disparut également, sans que cela n’inquiète personne. Six mois plus tard, Holmes a une liaison avec sa sténographe, qui disparaît également. Une autre de ses employées fait aussi partie de ses victimes. Il rencontra ensuite Minnie Williams, une actrice ayant hérité avec sa sœur de nombreuses terres au Texas. Après avoir entamé une relation amoureuse avec la jeune femme, il parvint à la manipuler et à la convaincre de léguer sa part à un homme lui étant inconnu, un certain Alexander Bond, qui était en réalité un des nombreux alias de Holmes. Il convainquit également la sœur de Minnie de leur rendre visite, et ce en secret, afin de lui faire une surprise. Il l’assassina dès son arrivée, afin que Minnie soit la seule héritière de la famille Williams. Il l’assassina également quelques temps après, héritant de ce fait de sa fortune ainsi que de ses terres.


C’est à la même époque que les compagnies d’assurances devinrent de plus en plus suspicieuses quant aux conséquentes sommes d’argent lui ayant été versées. Il décida alors de s’enfuir au Texas, tout en planifiant sa dernière escroquerie afin d’amasser assez de fonds pour construire un second hôtel de l’horreur. Ne pouvant simuler sa propre mort afin de toucher l’argent de son assurance vie, les compagnies d’assurances étant bien trop suspicieuses à son égard, il passa un marché avec son ami Benjamin Pitezel. Ils prévirent de trouver un cadavre d’une stature similaire à celle de Pitezel, soit un homme très grand et large d’épaules, de le mutiler et bruler afin qu’il ne soit plus reconnaissable, et de le faire passer pour un inventeur qui serait mort dans l’explosion de son laboratoire. Pitezel prit peur au dernier moment et décida de se retirer. Holmes l’enivra alors avant de lui faire inhaler du chloroforme puis de l’immoler par le feu. Afin que la famille de Pitezel n’hérite pas de l’assurance vie, il prit la décision de les éliminer à leur tour, en commençant par leur faire croire que le plan prévu à l’origine avait fonctionné et que Benjamin les attendait caché à Londres. Ils devaient, d’après Holmes, se séparer en deux groupes et prendre un itinéraire détourné afin que les autorités ne se doutent de rien.


Il emmena trois des cinq enfants du couple au Canada où il les assassina en les plaçant dans une caisse de bois dans laquelle il les intoxiqua au monoxyde de carbone avant de les enterrer dans le jardin de sa propriété de location à Toronto.



H. H. Holmes fut arrêté le 17 novembre 1894 à Boston, après avoir été retrouvé par des détectives privés. Il fut reconnu coupable de neuf homicides au premier degré puis condamné à la peine de mort. Son dernier vœu fut d’être enterré dans une tombe de dix pieds de profondeur, et que son cercueil soit coulé dans du béton afin que personne ne puisse le déterrer et le disséquer. Pendu le 7 mai 1896 à l’âge de trente-quatre ans, il ne décéda qu’après être resté quinze minutes au bout de la corde, les os de son cou n’ayant pas cédé lorsque que la trappe s’ouvrit sous ses pieds. Il mourut donc asphyxié, devant une foule l’observant, à la prison de Moyamensing.


Si seulement neuf de ses meurtres ont pu être démontrés par les enquêteurs, Holmes aura avoué vingt-sept homicides. Les « pulp » des années 1940, des magazines bas de gamme aux publications sensationnalistes, lui donneront son surnom de « Tueur aux deux cent victimes », nombre qui ne pourra malheureusement jamais être confirmé.


Lucile