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Hôtel Val Sinestra

La Suisse est connue pour être paisible, reposante et calme, et quoi de mieux pour un hôtel que de s’installer dans un lieu de paix. C’est sans compter les rumeurs qui entourent cet établissement éloigné de tout. Oserez-vous y passer une nuit ?



L'hôtel se situe à mille cinq cents mètres d’altitude, dans la vallée Sinestra en BasseEngadine, dans le canton des Grisons, région la plus à l’est de la Suisse. L’édifice se trouvant entre l’Autriche et l’Italie, les langues de prédilection dans la région sont le romanche et l'allemand (sachant que le pays compte quatre langues officielles). Le village le plus proche est à six kilomètres. Entourés de montagnes et de pics, les lieux semblent abandonnés et pourtant quelques curieux aiment aller visiter l’endroit notamment pour chercher des fantômes.


Partir d’une bonne intention…

Au départ, cette vallée était connue pour ses sources thermales aux propriétés curatives, découvertes par les indigènes, bénéfiques en cas de maladies neurologiques, d'anémie, de maladie de la peau et d'autres rhumatismes. Début XIXe siècle, une petite maisonnette de bains se trouvait près de ces sources. Un système avait été créé pour conduire l’eau jusqu’aux bains chauffés par des pierres extrêmement chaudes et permettait ainsi aux baigneurs, principalement la population locale ou avoisinante, de profiter de ses vertus. L’accès devait être amélioré car ces cures gagnaient de l’importance dans la région. En 1889, une société thermale conclut un contrat avec la commune afin de pouvoir exploiter commercialement ce bijou. Ceux-ci essayèrent d’étendre les conduits pour pouvoir déplacer l’emplacement de ces bains et les rendre plus accessibles mais, malheureusement, le manque de moyens financiers et les travaux conséquents les ont poussés à rester au fond de la vallée. En été 1904, le premier établissement thermal, appelé “Berghaus”, vit le jour. Des bouteilles d’eau curative se vendaient à un peu partout et permettaient de vanter les mérites de ce coin de paradis, ce qui amena énormément de clients étrangers.


... au cauchemar

Un nouveau bâtiment avec une capacité de cent vingt lits fut construit dans un style “Art nouveau rationnel” soit un mix de touches subtiles de nature et un côté plus strict qui collait avec le style industriel de l’époque. Sa construction fut un véritable exploit tant le terrain était un challenge architectural. Cette œuvre d’art pris trois longues années à être construite. Enfin, en 1912, fut inaugurée la Berghaus du Val Sinestra. Toutefois, l’histoire de ce lieu ne sera plus glorieuse dès 1914 lorsqu’il connaît son déclin. Une loi fut instaurée et limita le commerce d’eau curative et ne permettait qu’aux pharmacies d’en vendre; premier coup dur pour ces bains. La Première Guerre mondiale signa la fin du tourisme thermal élitiste en Suisse et partout ailleurs pendant toute cette période. Même après la guerre, l’établissement n’arrivait toujours pas à se relever. La grande crise des années trente puis la Seconde Guerre mondiale n’arrangèrent pas la situation et l’affaire sombra. Apparemment, les archives de cette période auraient disparu alors qu’une loi érigée en 1838 oblige tout établissement à en avoir et à les conserver. Certains pensent que, lors des deux guerres, ces murs auraient pu abriter des blessés ou peut-être même des gens importants du troisième Reich… Mais nous ne le saurons malheureusement jamais.



En 1951, la caisse d’allocations familiales de l’Association des maîtres ferblantiers décida de moderniser les sources thermales et tenta de faire revivre l’entreprise. En 1956 arriva le docteur Albert Nadig, celui-ci fit son possible pour ramener ce charmant lieu à ses belles années. Pendant deux décennies, des tas de patients vinrent séjourner au milieu des sapins et profiter de se soigner à l’air libre. Lorsqu’on parle du Val Sinestra, c’est souvent de la Kurzhaus dont on parle (le sanatorium) mais il n’était pas question d’expérimentations folles au sous-sol comme dans le film A cure for life ! Enfin, c’est ce que Wanda Hopman, l'actuelle directrice, affirme. Les rumeurs racontent qu’on soignait la tuberculose à cette époque dans ces locaux mais aucun lit d’hôpital ne se trouvait sur les lieux. La maison de la cure miracle fit faillite en 1972 après plusieurs catastrophes naturelles. Depuis 1978, Val Sinestra est devenu un hôtel de vacances avec des propriétaires néerlandais et des hôtes du monde entier.


Une âme errante

Ce qui amènera plus tard les rumeurs, ce sont les expériences étranges que vivent les hôtes. Certains auraient vu des verres bouger, des portes s’ouvrir ou même entendu des bruits de pas lourds. Des médiums, mandatés par la presse allemande “SonntagsBlick”, seraient venus il y a quelques années et ceux-ci auraient révélé, après plusieurs séances, qu’un homme se serait enfin présenté à eux. Cet homme serait Guillon, un patient de l’époque où cet énorme manoir avait été reconverti en une sorte de sanatorium. Cette présence serait originaire de Belgique et parlerait allemand avec un accent néerlandais (peut-être la raison pour laquelle la propriétaire s’est attachée à lui) et il viendrait d’une famille aisée travaillant dans le domaine du textile. Il serait venu car il était malade et souhaitait se recueillir dans un lieu tranquille. Il aurait alors rencontré cette charmante employée, Maria, de qui il serait tombé éperdument amoureux. On n’en sait pas plus sur son histoire car cet esprit serait réservé. Sachant qu’il hanterait les lieux aujourd’hui, peut-être que cette idylle précipitamment terminée l’aurait poussé à rester. Empli d’amour, cet homme serait bienveillant et ne chercherait pas à effrayer les arrivants. Il voudrait simplement protéger le personnel et n’aimerait pas particulièrement la foule.


Les légendes

Évidemment, lorsqu’il s’agit de présence surnaturelle, les rumeurs ont le vent en poupe. Les passionnés de l’horreur aiment alimenter ces histoires affreuses. Certains sites parlent d’un homme cherchant à entrer dans les chambres des jeunes filles pour les épier durant leur sommeil. D’autres encore comparent cet hôtel au fameux “Overlook Hotel” dans Shining de Stanley Kubrick. Il est vrai que son architecture ancienne, ses grandes fenêtres, ses longs couloirs au parquet en chêne et sa cage d’escaliers bien particulière peuvent effrayer. Mais pour les amateurs de frisson, ou simplement d’architecture, il est possible d’y organiser des mariages, des fêtes ou même des jeux de rôle pour les plus téméraires. Aujourd’hui, cet immense bâtiment propose un cadre reposant, de nombreuses chambres souvent remplies (il y a onze étages tout de même !) et a sa propre compagnie d’autobus. Il semblerait que le malheur dont a été victime cet endroit soit révolu.


Les lieux hantés ont souvent une histoire lourde derrière. Tel a été le cas de cet hôtel construit pour de bonnes raisons au mauvais endroit, au mauvais moment. Tout comme les êtres vivants, les bâtiments obtiennent une âme après des événements traumatisants et, heureusement, celui-ci semble gardé par un être aimant. Et si, au fond, cet endroit était plus charmant que ce que les légendes racontent ?

Patricia