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Freak Show : du divertissement à la controverse

Pendant la période victorienne, un phénomène prend de l’ampleur en Europe et en Amérique : le Freak Show. Plongeons ainsi au cœur de ces cirques d’antan qui se trouvent à l’intersection du divertissement et de la morale.


Photo d’une troupe datant de 1924 © All That’s Interesting

Les débuts


Au XVIème siècle, on voit apparaître ce qu’on appelle les freak shows, rendus célèbres par les frères siamois John Baptista et Lazarus Colloredo. Le terme « freak » était utilisé pour déterminer les personnes aux attraits atypiques que l’on considérait être des monstres. Il faut souligner que le terme « monstre » se réfère au verbe montrer d’où le fait que ces personnes étaient montrées voir exhibées. Pendant la Renaissance, ces expositions n’avaient que pour but d’être des expositions scientifiques. En effet, le terme "tératologie" voit le jour, signifiant : l’étude de monstres, déclenchant l’engouement des scientifiques pour ces personnages hors du commun. On parlait plus de cabinets de curiosités que de freak shows. Ces personnages fascinent le public. Ils ne sont plus considérés comme des êtres punis par les forces divines ou comme des hôtes à démons mais comme des êtres qui sortent de l'ordinaire.


Représentation des frères siamois Lazarus Colloredo et John Baptista Weird Historian Copyright © 2021.

L’évolution du Freak Show


Dans les années 1800 aux États-Unis et en Angleterre, se créait un vrai business autour de ces freak shows. Produits dérivés à l'effigie de ces personnages, rôles d’acteurs attribués, ampleur des shows … Les freak shows deviennent des lieux influents et attirent la curiosité des visiteurs à la recherche d’exotisme et d’extraordinaire.


Au XXème siècle, ces shows distinguent quatre catégories de freaks. D’un côté, nous avons les “born freaks” c’est-à-dire qui sont né comme tel, les “made freaks” qui ont modifié certains attraits pour le devenir (tatouages, opérations …), les freaks ayant des capacités spéciales comme cracheurs de feu, avaleurs de sabre, etc et les « fake freaks » qui sont des personnages créésde toute pièce (le scandale Hairy Mary de Bornéo par exemple).


Au XIXème siècle, la colonisation a fait émerger une nouvelle forme de freak show qui s’apparente à des zoos humains. Des indigènes étaient exposés aux yeux du monde, enfermés dans des cages et devenant petit à petit des bêtes de foire. Un réel questionnement de la moralité a fait basculer le spectacle dans la controverse. Beaucoup d’états condamnent alors ces pratiques jugées immorales et nombre de freak shows ferment ainsi leur porte dans les années 1950.


De la scène à l’écran


Si les freaks ne se présentent plus sur scène, ils n’en disparaissent pas pour autant. Le cinéma les représente de plus en plus et ce sous toutes ses formes. American Horror Story Saison 4, Edward aux mains d’argent, Elephant Man, Freaks, Mask… Beaucoup de films placent les freaks au centre. Mais ce qui est intéressant est de voir la place qu’ils prennent. On se demande si les vrais monstres ne sont pas les autres finalement. Dans son film Pieles, Eduardo Casanova dépeint ses personnages sur un fond rose et nous révèle une société au statut de bourreau, maltraitant les freaks pour leurs attraits peu ordinaires. Des vraies questions se posent sur au final qui sont les monstres et comment la normalité nous fait réfléchir sur la vision que nous portons sur les uns et les autres.


Les personnages du film Pieles d’ Eduardo Casanova © Zustream

Le terme freak a, lui, beaucoup évolué et désigne dans le langage courant toute personne qui serait contraire à la normale prenant en compte le physique et le mental. Dans les cours d’école, ce mot revient pour désigner les personnalités marginalisées exposées aux yeux du grand public jusque sur le web. Ainsi, de nos jours, l’émergence des réseaux sociaux pousse à réfléchir sur une potentielle modernisation de ses freak shows. Alors, qu’en pensez-vous : Les réseaux pourraient-ils être le nouveau freak show ?


Ornella