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Et si nous n'avions jamais vu d'OVNI ?Le modèle socio-psychologique du phénomène OVNI

Les ufologues sont les spécialistes des OVNI. Il est donc facile d'assumer que tous croient que les extraterrestres nous ont déjà, et à plusieurs reprises, rendu visite. Mais certains ufologues n'en sont pas convaincus. Quelques-uns demandent davantage de preuves. Ils démontent les phénomènes OVNI existants en utilisant le modèle socio-psychologique.


Le modèle socio-psychologique pourrait être résumé ainsi : toutes les observations dites d'OVNI ont pour origine la perception d'un phénomène connu, naturel ou artificiel, qui n'a pu être identifié correctement en raison des conditions d'observations et de l'influence de facteurs socioculturels. Plus simplement, tous les OVNI qui ont été vus jusqu'à aujourd'hui n'étaient que des phénomènes explicables, et non des objets volants non identifiés.


Théoriquement, tous les ufologues utilisent ce modèle. Dès qu'une explication prosaïque est donnée pour expliquer un OVNI, c'est le modèle socio-psychologique qui est convoqué.


Cette idée est plus qu'une hypothèse, elle est une théorie ou un modèle prouvé par des éléments empiriques. Ce modèle a pris plusieurs noms avec le temps. Au départ simple hypothèse socio-psychologique, elle est devenue plus solide avec des preuves empiriques. Aujourd'hui, c'est un modèle ou une théorie qui est présenté. Ce modèle prend aussi le nom de théorie réductionniste composite, réductionniste pour sa réduction des OVNI à de simples phénomènes connus et composite pour ces diverses explications.


Les partisans de cette thèse sont souvent des ufologues, déçus de la communauté et qui cherchent à rationaliser les apparitions. Ce sont des ufologues sceptiques, en opposition avec les ufologues croyants ou classiques. C'est un scepticisme empirique et non idéologique : ils attendent d'être convaincu par des preuves empiriques. Il faut donc les différencier de certains debunkers qui réfutent complètement la thèse extraterrestre ou le paranormal.


Attention un OVNI ! Ou est-ce vraiment un OVNI ? ©Nox France

Le modèle socio-psychologique explique donc les témoignages ufologiques par des processus psychologiques et sociologiques. Ces partisans convoquent des preuves scientifiques et rationalisent les apparitions. Ceci n'inclut donc pas que les témoins soient fous ou idiots comme certains ufologues le pensent. Cette théorie pointe du doigt le peu de confiance que l'on peut accorder aux témoins. Après tout, pourquoi croire chaque témoignage d'OVNI quand on ne croit pas tous les autres témoignages paranormaux ? Il faut prendre en compte la faible fiabilité des témoignages, mais aussi les limites de la perception humaine et les influences sociales.


Dans l'immense majorité des observations, il y a bien un stimulus visuel à l’œuvre. Très rarement, des cas d'hallucinations sont reportés. Ce stimulus n'est pas un vaisseau extraterrestre ou un OVNI, c'est un phénomène naturel ou artificiel qui est mal interprété. La vision humaine est juste faillible. Les témoins font aussi des erreurs, ce qui est normal. Les cas d'OVNI peuvent venir de méprises simples de stimulus prosaïque (un avion, un satellite, une étoile) ou de méprises complexes (illusion, confabulation, suggestibilité des témoins). Si quelqu'un aperçoit un phénomène géophysique qui lui est inconnu, l'hypothèse OVNI peut vite voir le jour. C'est la même logique si on observe une arme, ou un engin secret. D'autres observations sont provoquées par des illusions d'optique. Certains cas sont même des expériences psychopathologiques ou des expériences en état de conscience modifiée (sommeil, prise de stupéfiants). Parfois, de simples faux souvenirs poussent les témoins à croire qu'ils ont vu quelque chose qui n'a pas eu lieu.


Dans des cas plus complexes, certaines personnes sont victimes d'un processus de transposition. Un témoin va observer un premier phénomène puis un second. Dans son esprit, l'association entre les deux faits semble logique. Les deux observations deviennent une suite logique alors qu'il n'en est rien. Imaginons qu'un témoin soit en voiture. Il observe au-dessus d'un champ une drôle de lumière. Rempli de courage, il roule jusqu'au champ pour savoir ce qui s'y trame. Et là, il trouve un espace circulaire sans aucune plantation. Ni une ni deux, notre témoin en est convaincu : un vaisseau extraterrestre vient de décoller de ce champ. Cette explication alléchante est pour le moins peu crédible. Beaucoup d'autres explications peuvent être trouvées. Un hélicoptère a pu passer, éclairant le champ et le cercle vide a pu être fait par le fermier. Des éléments disparates non liés peuvent créer un amalgame logique. Repris par les ufologues croyants, ces éléments deviennent la preuve du passage d'un OVNI.


Dans peu de cas, le témoin peut aussi mentir. C'est ce qui est appelé une mystification. Le témoin va fournir un faux témoignage dans le but de tromper le public. Parfois, plusieurs témoins observent le même phénomène. On peut alors penser : ils ne peuvent pas tous avoir halluciné, ou menti, sur la même chose ? Et bien, plusieurs choses rentrent en jeu dans les observations de groupe et peuvent nous influencer. Il faut penser d'abord à l'effet de groupe. Prouvé à de maintes reprises, les humains ont tendance à faire correspondre leurs réponses à l'avis majoritaire ou moyen du groupe. Ainsi, nous pouvons tous, sans en avoir conscience, s'influencer et s'accorder sur une vision des événements. C'est un consensus de groupe qui se met en place. Même si les différents témoins ne se connaissaient pas, d'autres logiques peuvent se mettre en place. Un témoin, ou une partie du groupe, va décrire des aspects incroyables et spectaculaires. L'autre partie du groupe va se tenir à une vague description d'un phénomène étrange, beaucoup moins spectaculaire.


Article de presse du Roswell Daily Record après le supposé crash OVNI à Roswell © Roswell Daily Record

De plus, l'influence de nos pairs et de notre culture, ainsi que les médias, joue sur notre perception et nos vies. Si quelqu'un, ou les médias, nous rapportent un témoignage d'OVNI, nous aurons plus de ''chance'' d'en apercevoir un aussi. Nous aurons été influencés à penser dans cette direction. En sachant qu'un OVNI est passé près de nous, nous aurons plus tendance à regarder le ciel et à interpréter des phénomènes dans l'optique OVNI. Il ne faut pas non plus perdre de vue l'importance de la culture ufologique en Occident. Depuis les années 1930, l'idée des extraterrestres s'est répandue progressivement. Pour les spécialistes, un combo gagnant a entraîné la popularité de ces voisins venus d'ailleurs. La préexistence du folklore féerique, la création de l'occulture et la montée en puissance de la science-fiction ont ouvert la porte aux OVNI. Le grand nombre d'objets culturels se rapportant aux OVNI et autres extraterrestres peut nous influencer. Si nous nous retrouvons devant un phénomène inconnu, notre imagination peut le lier à un phénomène extraterrestre. On observe ainsi une certaine convergence entre les productions de l'esprit humain et le phénomène OVNI.


L'histoire des OVNI et de ce phénomène touche plusieurs acteurs. Premièrement, les OVNI, quels qu’ils soient. Puis, les témoins d'apparitions et le public général. Arrive ensuite les autorités militaires et politiques accompagnées des scientifiques. Enfin, les ufologues rentrent aussi dans la danse. L'attention est concentrée sur une chose : les humains. Le phénomène OVNI est profondément anthropocentrique.


Ce modèle ne nie pas l'existence des OVNI et des extraterrestres, il en demande des preuves. La plupart des ufologues sceptiques étaient des ufologues croyants. Devant le manque de rigueur du milieu ufologique et ces scandales, certains ont voulu des preuves plus solides. Pour eux même si les extraterrestres n'existaient pas, l'étude scientifique des phénomènes sociaux et sociétaux en jeu serait cruciale. De plus, certaines observations pourraient amener à de nouvelles découvertes géophysiques.


Alors comment prouver l'existence des extraterrestres ? Pour ce modèle, c'est assez simple : donner des preuves empiriques. Un témoignage et une photo floue ne suffisent pas. De même, l'argument du silence des autorités sur le sujet ne tient pas. Il faudrait la découverte d'un objet dont certains éléments auraient une composition isotopique nettement différente de celle observée sur Terre. Ces éléments nouveaux n'auraient pas pu être présents sur Terre ou créés par l'homme évidemment. Il est aussi possible de prouver l'existence des extraterrestres par la découverte d'un engin avec des technologies inconnues. Si des entités avec une composition biologique différente de la nôtre étaient découvertes, cette preuve serait aussi indéniable. La preuve la plus convaincante serait même un atterrissage officiel d’OVNI reconnus par les gouvernements.


Le minisatellite Calypso : satellite ou OVNI se déplaçant dans le ciel ? © CNES - Juillet 2004 / Illustration de P. Carril

Pour expliquer des apparitions d'OVNI avec le modèle sociopsychologique, il faut des explications et des preuves scientifiques de ce qu'on avance. C'est le cas de l'effet autocinétique. Vaughn et Shick en 1999 ont accusé cet effet d'être la source de nombreux témoignages d'OVNI. L'effet autocinétique est simple. Nous savons que la perception humaine n'est pas optimale. Nous ne voyons pas toutes les couleurs du spectre et nous ne voyons pas grand-chose la nuit. L'estimation des tailles et des distances à l’œil nu n'est pas non plus très solide. L'effet autocinétique entre alors en plus dans la danse. Imaginons une situation un instant pour comprendre cet effet. Nous sommes une nuit d'été, le ciel est dégagé et vous décidez de regarder les étoiles. En regardant le ciel et ses étoiles, vous observez des points lumineux très éloignés dans le noir. En scrutant un point en particulier, comme une étoile ou une planète, vous avez l'impression que ce point bouge. Le point se déplace lentement, mais vous le voyez bouger. Vous êtes en fait la victime de l'effet autocinétique. L'étoile ne se déplace évidemment pas. L'effet autocinétique se manifeste quand il y a peu de point de repère prégnant autour du point lumineux. Il est d'autant plus fort quand on est fatigué ou qu'on regarde de côté. Son effet est même multiplié quand l'objet brille faiblement et qu'on peut mal évaluer la distance qui nous en sépare. Les étoiles sont donc les candidates parfaites pour cet effet. Nous pouvons donc, en toute bonne foi, voir des objets immobiles dans le ciel bouger. Une étoile devient très facilement un vaisseau extraterrestre. L'effet autocinétique peut aussi s'appliquer à plusieurs points lumineux en même temps. Un groupe d'étoiles devient alors un vaisseau lumineux qui se déplace ou une formation d'OVNI.


La vague d'OVNI belge de 1989-1991 est l'illustration parfaite du modèle socio-psychologique. Le 29 novembre 1989 à Eupen en Belgique, un groupe de témoins, dont des gendarmes, aperçoivent un OVNI. Dès le lendemain, la presse en fait les gros titres : un OVNI en Belgique c'est inédit ! Sur tout le territoire, les auditeurs, téléspectateurs et lecteurs sont abasourdis. Tous commencent à observer régulièrement le ciel. Beaucoup de citoyens commencent à apercevoir à leur tour des choses étranges qui ressemblent aux OVNI déjà observés. Il y a une vague d'OVNI dans le ciel belge ! La presse rapporte ces nouveaux cas, la machine s'emballe. C'est un véritable effet boule de neige, plus la presse rapporte de cas, plus les gens observent d'OVNI. Puis, le phénomène s'éteint lentement, jusqu'à ne plus avoir d'apparitions.


Reprenons cette histoire d'un point de vue plus pragmatique. Des témoins ont donc rapporté avoir vu un OVNI. Le lendemain dans la presse, une description de ce dernier est donnée. Toutes les personnes lisant, écoutant ou regardant les médias belges francophones savent ce qu'ils pourraient voir dans le ciel. De la Belgique francophone au Nord de la France, des observations sont rapportées. C'est dans ces régions que les médias ont rapporté les observations, c'est dans ces régions que les médias belges francophones sont consommés. Mais, dès que l'on passe en Belgique Flamande, le nombre d'observations chute. De même, en Allemagne qui est toute proche, aucune observation. En France, dès qu'on passe les Ardennes, aucune observation. Ce n'est pas une vague d'OVNI qui a touché la Belgique. C'est une vague psychosociale où les médias ont joué un rôle catalyseur.


L'unique photo d'un des OVNI de la vague belge : vrai ou fausse ? © J.S. Hentardi le 15 juin 1990

Évidemment, les ufologues croyants n'ont pas accepté cette analyse. La société ufologue belge a monté un dossier regroupant les témoignages d'OVNI de cette vague mais aussi deux preuves, qui seraient indiscutables. Nous pouvons déjà réfuter tous les témoignages sur la base du modèle socio-psychologique qui ne leur accorde aucun crédit. Reste les deux preuves : une photo d'un des OVNI et une détection radar. Sur des centaines de témoignages, deux preuves formelles peuvent être avancées. Le ratio est assez faible, mais passons. La photographie peut sembler être une bonne preuve. Mais, en 2011, son auteur a reconnu qu'elle était fausse. La détection radar reste la seule preuve du dossier !


Cette détection radar a une drôle d'histoire. Pendant la vague d'OVNI belge, deux avions de chasse F-16 sont lancés suite à une observation au sol d'un objet volant non identifié. En vol, un des deux F- 16 détecte une signature radar. Jamais cette détection n'a été confirmée par l'autre avion, les autorités ou un témoin au sol. Certains avancent que c'était une trace radar du deuxième F-16. Cette détection ne rime à rien. En bref, la détection radar ne tient pas non plus. Il ne reste aucune preuve de la vague belge d'OVNI. Rien ne prouve que des OVNI se sont baladés en Belgique pendant trois ans. Le modèle socio-psychologique reste l'explication la plus simple. Cette vague a été créée par les médias depuis un témoignage peu crédible.


En somme, c'est Philip J. Klass qui résume le mieux cette loi explicative de témoignage d'OVNI : « Lorsque la couverture médiatique conduit le public à croire qu’il y a des ovnis dans les environs, il y a de nombreux objets (naturels ou artificiels) qui, particulièrement lorsqu’ils sont vus la nuit, peuvent prendre des caractéristiques inhabituelles dans l’esprit d’un observateur attentif. Leurs observations d’ovnis s’ajoutent en retour à l’excitation de masse, ce qui encourage encore plus de témoins à chercher à voir des ovnis. Cette situation se nourrit d’elle-même jusqu’à ce que les médias perdent leur intérêt pour le sujet et alors le phénomène retombe ».


Avec le modèle socio-psychologique, les preuves de l'existence des extraterrestres semblent se réduire. Cependant, il suffirait d'une unique preuve pour prouver leur existence. Nos voisins lointains attendent peut-être le bon moment pour entrer en contact avec nous.


Emilie