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Espoir astronomique

Mis à jour : 26 mars 2020


« La conquête de l’espace ». Quelle belle appellation. Depuis que la science s’intéresse au cosmos (et donc depuis un bon bout de temps déjà), nous rêvons à l’idée que la vie existe ailleurs que sur Terre. S’il est admis que l’univers est infini : pourquoi serions-nous les seuls à y vivre ?


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Notre imaginaire nous a livré des centaines de représentations d’êtres extraterrestres au cours des années, allant du petit homme vert en soucoupe volante aux créatures suintantes et destructrices.

Ce qui donne tout leur intérêt à ces créatures est la probabilité de leur existence. Sans parler de civilisations supérieurement intelligentes ou d’espèces anthropomorphiques en quête de pouvoir : laissons cela à la fiction et à l’imagination. Nous parlons simplement d’une ou plusieurs formes de vie, aux apparences inconnues, présentes quelque part dans notre système solaire.

Avant toute chose, rappelons que pour que la vie extraterrestre soit possible (si tant est que cette forme de vie réponde aux mêmes nécessités vitales que l'Homme) elle aurait d’abord besoin d’eau. Ainsi, si l’on veut trouver de la vie sur une planète quelconque, il faudrait d’abord y trouver de l’eau. Et devinez quoi ? C’est chose faite... Ne nous emballons pas trop vite ! Commençons par le commencement.


En 1979, la sonde « Voyager 1 » est envoyée dans l’espace pour étudier les planètes externes au système solaire (c’est-à-dire les planètes situées à l’extérieur de l’orbite de Jupiter). Durant cette mission, la sonde prend notamment des photos de Jupiter et de ses lunes. Et c’est l’une d’elles qui nous intéresse : Europe.






Sur les photographies de cette dernière, les scientifiques découvrent une surface particulièrement lisse, sans traces d’impacts, de cratères ou de montagnes. Information intéressante, en effet ces irrégularités de surface s’effacent car la surface d’Europe évolue. Une force extérieure fait disparaître ces cratères, contrairement à notre Lune où les cratères sont très visibles puisqu'il ne s’y trouve ni atmosphère, ni liquide pour les éroder. Sur ces mêmes photographies, d’étranges traces sombres sillonnent Europe sur toute sa surface.


En 1989, la sonde Galileo est envoyée par la NASA afin d’étudier plus en détails Jupiter et ses lunes ; c’est à cette occasion que l’on découvre que ces sillons sur la surface d’Europe sont en fait les délimitations d’immenses plaques de glaces qui se rejoignent.

La glace : un élément déjà prometteur. Après une analyse du champ magnétique de cette lune, on découvre que ces plaques recouvrent en fait un immense océan... d’eau salée. On estime qu’il y aurait presque trois fois plus d’eau liquide sur Europe que sur Terre !

Ajoutez à cela une intense activité tectonique et vous obtenez une association favorable à la vie. Les océans d’Europe étant « brassés », il est fort probable que ces eaux soient riches en nutriments et sels minéraux, ce qui est plutôt encourageant. Europe possèderait une atmosphère (certes infime par rapport à celle de la Terre) mais principalement composée... d’oxygène. Et ce n’est pas fini : on pense très fortement que des volcans sous-marins se trouvent sur la lune. Sur Terre les volcans sous-marins sont presque toujours source de vie : un autre bon point.


Évidemment, rien de tout cela n’est certain, mais c’est tellement probable qu’une énième mission connue sous le nom de « projet Europa Clipper » est prévue pour 2022, elle consistera à envoyer une sonde étudier la glace d’Europe.

Lors d’une conférence le 14 mai dernier, la NASA nous faisait part de l’avancée des recherches à propos d’Europe : les nouvelles technologies nous ont permis de mieux comprendre les données collectées par le magnétomètre et le spectromètre de la sonde Galileo, lors de son survol d’Europe en 1997. Ainsi, aujourd'hui, nous avons découvert une chose très importante : des jets de vapeurs, sortis tout droit de ses océans. L’existence de ces geysers est une bénédiction pour les astronomes : ils permettront à la sonde d’Europa Clipper de collecter et d’analyser beaucoup plus facilement l’eau des océans d’Europe qui, sous leur interminable couche glacée, nous demeurent inaccessibles. En analysant un peu de ces eaux grâce aux jets de vapeur, on pourra alors déterminer si leur composition parait apte à accueillir la vie (encore une fois sous la forme que nous lui connaissons) et peut-être même en retrouver quelques traces...


Certes, nous sommes très loin des momies à gros cerveaux de Mars Attack ou des bestioles gluantes de Men in Black, mais si notre génération était la première à découvrir que de la vie existe ailleurs, que nous ne sommes pas les seuls à vivre dans l’univers... Tant de choses seraient remises en question. Nous ne serions plus le centre du monde, et si la vie existe sur Europe, pourquoi n’existerait-elle pas encore ailleurs...? La recherche de nos voisins spatiaux sera très certainement sans fin, tout comme l’est l’univers ; mais la découverte d’une autre vie, différente de la nôtre et sur un autre astre que la terre, serait le plus beau rappel d’humilité que nous n’ayons jamais eu. Finissons cet article en empruntant quelques mots à l’astronome et vulgarisateur Carl Sagan, qui a su mettre en mots mieux que personne le « vertige cosmique » et qui nous donne, par la même occasion, la plus belle leçon d’humilité qui existe.


« Regardez encore ce petit point. C'est ici. C'est notre foyer. C'est nous. Sur lui se trouvent tous ceux que vous aimez, tous ceux que vous connaissez, tous ceux dont vous avez entendu parler, tous les êtres humains qui aient jamais vécu. Toute la somme de nos joies et de nos souffrances, des milliers de religions aux convictions assurées, d'idéologies et de doctrines économiques, tous les chasseurs et cueilleurs, tous les héros et tous les lâches, tous les créateurs et destructeurs de civilisations, tous les rois et tous les paysans, tous les jeunes couples d'amoureux, tous les pères et mères, tous les enfants plein d'espoir, les inventeurs et les explorateurs, tous les professeurs de morale, tous les politiciens corrompus, toutes les “superstars”, tous les “guides suprêmes”, tous les saints et pécheurs de l'histoire de notre espèce ont vécu ici, sur ce grain de poussière suspendu dans un rayon de soleil.

La Terre est une toute petite scène dans une vaste arène cosmique. Songez aux Pleuves de sang déversés par tous ces généraux et ces empereurs afin que nimbés de triomphe et de gloire, ils puissent devenir les maîtres temporaires d'une fraction d'un point. Songez aux cruautés sans fin imposées par les habitants d'un recoin de ce pixel sur d'indistincts habitants d'un autre recoin. Comme ils peinent à s'entendre, comme ils sont prompts à s'entretuer, comme leurs haines sont ferventes. Nos postures, notre propre importance imaginée, l'illusion que nous avons quelque position privilégiée dans l'univers, sont mis en question par ce point de lumière pâle. Notre planète est une infime tache solitaire enveloppée par la grande nuit cosmique. Dans notre obscurité - dans toute cette immensité - il n'y a aucun signe qu'une aide viendra d'ailleurs nous sauver de nous-mêmes. La Terre est jusqu'à présent le seul monde connu à abriter la vie. Il n'y a nulle part ailleurs, au moins dans un futur proche, vers où notre espèce pourrait migrer. Visiter, oui. S'installer, pas encore. Que vous le vouliez ou non, pour le moment, c'est sur Terre que nous prenons position.

On a dit que l'astronomie incite à l'humilité et fortifie le caractère. Il n'y a peut-être pas de meilleure démonstration de la folie des idées humaines que cette lointaine image de notre monde minuscule. Pour moi, cela souligne notre responsabilité de cohabiter plus fraternellement les uns avec les autres, et de préserver et chérir le point bleu pâle, la seule maison que nous ayons jamais connue. » SAGAN Carl, Pale Blue Dot, 1994


Laure