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Ed Gein : le boucher de Plainfield

/!\ Attention cet article contient le récit de scènes violentes et de mutilations pouvant heurter la sensibilité des lecteurs.



Les horribles personnages de films d’horreur que sont Norman Bates, Buffalo Bill ou encore Bloody Face, ont tous un point commun : ils sont inspirés du tueur en série Edward Theodor Gein, un monstre parmi les hommes, aux atrocités bien réelles.


La vie monstrueuse d’Ed Gein est liée en partie à son enfance, il est donc important de faire un point sur ses parents. Son père George a eu une vie difficile : il devient orphelin à l’âge de trois ans, quand ses parents et sa sœur trouvent la mort dans une inondation. Il est alors adopté par ses grands-parents maternels, mais grandit sans amour. Son manque de confiance le plonge dans l’alcool et il peine à se maintenir, jusqu’au jour où il rencontre Augusta, la mère d’Ed.



Augusta est une fanatique religieuse luthérienne. Elle condamne donc tous les actes impies, et le manque de moralité du monde qui l’entoure l’effraie. Les parents de Edward se marient le 4 décembre 1899, mais le couple est loin de vivre une entente parfaite : Augusta domine son mari et contrôle sa vie. George est alors malheureux et se tourne une nouvelle fois vers l’alcool, ce qui mène très souvent à des violences au sein du couple.


Malgré leur histoire d’amour bancale, le couple donne naissance à leur premier enfant le 17 janvier 1902, un petit garçon prénommé Henry. Augusta peine à tisser un lien maternel avec son fils et elle souhaite vite avoir une petite fille, à laquelle elle pense pouvoir s’attacher. Lorsqu’elle tombe de nouveau enceinte, elle prie tous les soirs pour que son enfant à naître soit une fille. Mais le 27 octobre 1906 elle donne naissance à Edward dans l’État du Wisconsin, au Midwest des États-Unis. L'arrivée d’Ed est très mal vue par sa mère, qui prend cela comme un affront du Seigneur, qui n'a pas voulu la bénir par la naissance d'une fille. Elle décide quand même d'éduquer son fils, en se promettant notamment de le faire grandir différemment des autres garçons, qui d'après elle, utilisent les femmes pour leur propre plaisir.



Alors qu’Ed grandit peu à peu, ses parents deviennent propriétaires d'une ferme dans la ville de Plainfield au Wisconsin. Celle-ci se trouve à l’écart de la ville et loin de tout, car Augusta souhaite garder le lieu pieu et pur pour ses garçons. Elle décrit Plainfield comme étant habité par des gens scandaleux et immoraux, si bien qu’elle prend en mains l’éducation religieuse de ses fils. Les enfants Gein ne quittent la maison que pour se rendre à l’école, et le reste du temps, ils sont isolés à la ferme. Lorsqu’ils souhaitent se faire des amis, ces derniers sont inévitablement congédiés par Augusta. Edward est malmené à l’école : il n’est pas bon élève, et ses camarades se moquent de lui à cause de ses yeux tombants et de ses manières « féminines ». Sa vie à la maison est également difficile, son père alcoolique le bat lors d’excès de rage et il ne trouve aucune échappatoire à son quotidien misérable. Edward s’invente alors un monde fantastique ou il peut respirer et s’évader, c’est la seule façon qu’il a de se soustraire à sa vie.


À l’âge adulte, les deux frères effectuent des petits boulots en ville, tout en contribuant au travail à la ferme. Les garçons sont généralement appréciés pour la qualité de leur travail, on les dit courageux et dignes de confiance. Durant cette période, George qui s’enfonce de plus en plus dans son alcoolisme, finit par devenir un poids pour sa famille : il ne quitte plus la maison et reste inactif la plupart du temps. C’est alors sa femme et ses fils qui doivent le soutenir, jusqu’en avril 1940, date à laquelle il meurt des conséquences de son addiction à l’alcool. Sa mort est vécue comme un soulagement pour la famille, qui n’a plus à endurer cette constante surveillance.


À cette période, la Seconde Guerre mondiale s’annonce, mais aucun des frères ne prend part à celleci : Henry est trop âgé et les yeux de Edward ne lui permettent pas de passer les tests physiques d’admission à l’armée. Malgré cela, les frères commencent à travailler de plus en plus à l’extérieur de la ferme. Ed commence à garder des enfants pour des familles et il entretient de très bons rapports avec eux. Les enfants semblent aimer sa compagnie et les habitants de la ville ont une bonne estime des frères Gein.


Cependant, la relation entre les frères se dégrade car Henry est jaloux de la relation qu’entretiennent Ed et leur mère. Il ne comprend pas pourquoi elle est aussi aimante avec Ed alors qu’elle semble être rebutée par lui. Edward est offensé par les remarques de son frère, car il considère sa mère comme une sainte sur terre, mais leur proximité dérange Henry.


En mai 1944, Henry perd soudainement la vie dans des conditions inexpliquées, à l’âge de quarantetrois ans. D’après Ed, son frère serait mort alors qu’ils se disputaient à propos d’un feu ayant pris dans les champs de la ferme. Henri aurait accidentellement provoqué l'incendie et serait décédé en tentant de l'éteindre, mais ses déclarations sont insolites. Le corps d’Henry est retrouvé face contre terre sans traces de brûlures quelconques, ce qui laisse les pompiers perplexes face à l’explication de Ed. Cependant, ils retrouvent des traces de contusions sur son visage. Malgré les faits, Henry est officiellement déclaré mort par asphyxie ce jour-là, et ce n’est que des années plus tard que les enquêteurs comprennent qu’il était en réalité la première victime d’Ed.


Ed se retrouve seul avec sa mère qu’il idolâtre plus que tout. Il la dépeint comme une femme merveilleuse et comme le pilier de sa vie. Pour lui, elle est invincible et il en a l’image d’une divinité. Malheureusement pour Gein, sa mère tombe rapidement malade et son état le choque profondément. Lorsqu’elle fait un accident vasculaire cérébral (AVC), Ed la conduit à l’hôpital et reste alors des heures près de sa mère inconsciente, priant pour qu’elle se rétablisse. Augusta se remet de son attaque, mais elle ne regagne jamais les capacités physiques et la force qu’elle avait auparavant. Son fils doit alors s’occuper d’elle et répondre à ses moindres besoins. Voir sa mère dans cet état permet à Ed de lui prouver qu’il est un fils aimant, mais la vulnérabilité d’Augusta éveille en lui des plaisirs insoupçonnés. Alors que sa mère se rétablit et retrouve une indépendance, Ed s’attend à ce que celleci lui témoigne de l’affection et de la reconnaissance, mais il n’en est rien. En 1945, Augusta qui s’est remise grâce aux soins de son fils, l’accompagne dans une ferme à proximité pour ramasser de la paille. Lorsqu’ils entrent dans la bâtisse, ils sont témoins d’une altercation entre le fermier et sa femme, cette dernière l’accusant d’avoir battu à mort un chiot. Le comportement de l’homme écœure tellement Augusta qu’elle est de nouveau victime d’un AVC, qui cette fois lui coûte la vie. Elle meurt à l’âge de soixante-neuf ans, et Ed se retrouve totalement seul, ayant perdu la seule personne qu’il ait réellement aimé. Durant le reste de sa vie, il essaya de recréer sa mère, par des moyens extrêmement choquants.


Après la fin tragique de sa mère, le comportement d’Ed change peu à peu, il semble se refermer et devenir hostile. Les femmes de la ville disent se sentir mal à l’aise alors qu’il prend pour habitude de les observer avec ses yeux tombants et son sourire glaçant. Ed barricade les fenêtres de sa maison familiale et il bloque l’accès aux chambres, les laissant inchangées pendant des années, gardant ainsi l’esprit pieu que sa mère y avait instauré. Au fil des années, la maison de Gein devient son lieu de réclusion. Il ne la quitte plus sauf à de rares occasions, et il passe son temps seul, hors de la société qu’il côtoyait en ville. Chez lui, il décortique les magazines de crimes parlant de cannibalisme et de violences sexuelles. Gein continue tout de même à fréquenter un bar, qui se trouve à onze kilomètres de chez lui, car il éprouve une obsession pour sa propriétaire qui ressemble fortement à sa mère décédée. En mai 1947, dans l’après-midi, la petite Georgia Wexler âgée de huit ans disparaît, alors qu’elle est ramenée près de chez elle par un voisin. Durant les cinq années suivant cette disparition, de nombreuses autres ont eu lieu et les corps n’ont jamais été retrouvés.


Mais c’est la disparition de la propriétaire du bar, Mary Hogan, en décembre 1954, qui inquiète le plus la police lorsqu’ils puisqu’ils découvrent le sol du commerce recouvert de sang, et de cartouches. Malgré les recherches poussées des enquêteurs, le corps de Mary n’est pas retrouvé et la police n’a pas d’idée sur ce qui lui est arrivé. Durant les années qui suivent sa disparition, les locaux parlent souvent de Mary, et quand Gein fait de rares apparitions en ville, il déclare : « Elle n’a pas disparu elle se trouve à la ferme », mais personne ne le prend au sérieux.


De nombreuses rumeurs circulent dans la ville. Des jeunes affirment avoir visité la ferme de Gein, et disent avoir vu des têtes séchées chez lui. Ed assure alors que ces têtes lui ont été envoyées par des cousins qui se sont battus aux Philippines durant la guerre. Les habitants ne pensent pas grand-chose de cette information et ne font pas cas de Gein, allant même jusqu’à faire des blagues sur ces objets macabres. En novembre 1957 se déroule la chasse annuelle de Plainfield, à laquelle la majorité des hommes participent, mais Ed n’y prend pas part. Il profite que les locaux soient occupés à la chasse pour se rendre dans une boutique de bricolage, où il est accueilli par Bernice Worden. Il sait que le commerçant est seul et l’abat à coup de fusil.


Edward est directement suspecté par le fils de Worden, qui fait part à la police de ses doutes sur le fait qu’Ed serait aussi responsable de la disparition de Mary. La police contacte le téléphone fixe des Gein, mais personne ne répond. Ils pensent alors qu’il n’est pas présent au domicile, et se rendent à une résidence qu’il a l’habitude de fréquenter. Là, ils trouvent Gein, installant une batterie sur une voiture, et après lui avoir posé plusieurs questions, ils ont la conviction qu’ils ont trouvé le coupable.


L’agent en charge de l’affaire Worden s’appelle Arthur Schley. Après avoir ordonné l’arrestation de Gein, il se rend à la ferme de ce dernier pour fouiller les lieux avec des agents, à la recherche de preuves pouvant l’incriminer.


Quand l’officier s’approche de la demeure de Gein, il lui est impossible de se préparer à ce qu’il va découvrir. Dès leur entrée dans la maison, les agents sont accueillis par un corps pendu au plafond par les pieds, sans tête et ouvert en deux comme s’il avait été totalement vidé ; à l’image d’un animal. Le corps mutilé est celui de Bernice Worden. Les agents sur place ont du mal à croire que ce qui se trouve sous leurs yeux est réel, et Schley quitte la maison pour se laisser tomber dans la neige où il vomit. Après avoir demandé de l’aide par radio, les agents tentent de retourner dans la maison. L’odeur de putréfaction leur rend la tâche très difficile, mais le pire reste à venir. Ils viennent de découvrir une vraie maison de l’horreur, où ils retrouvent un à un les corps mutilés des disparus de Plainfield. Les agents retrouvent des crânes ouverts servant de bols, éparpillés dans la maison, des chaises ainsi que des lampes faites de peaux et de visages humains ; des restes abandonnés dans les coins. Ils découvrent une ceinture faite de tétons de femmes, et également une boite remplie de parties génitales féminines. Comme si l’horreur ne pouvait pas s’arrêter, ils trouvent également des vêtements en peau humaine ainsi qu’un gilet confectionné avec le torse d’une femme ; et des masques fabriqués à partir de visages humains, avec des cheveux encore présents et certains avec du maquillage.


L’un des agents est pris d’un malaise lorsqu’il retrouve un masque fait du visage entier de Mary Hogan. Les agents finissent par ouvrir les pièces barricadées de la maison, et à leur grand étonnement, trouvent les chambres parfaitement rangées et inchangées depuis la mort d’Augusta. Gein est alors placé en garde à vue, où il ne confesse aucun des faits qui lui sont reprochés, ce qui rend Schley très furieux. L’agent perd patience face au mutisme de Ed, le frappe et le blesse à la tête. Plus encore, l’agent écrase la tête de Gein contre les barreaux de sa cellule pour avoir des aveux, mais il obtient l’effet opposé : Ed devient totalement silencieux.



La découverte des corps chez Gein s’ébruite très vite en ville, les locaux ne parlent plus que de l’affaire et les journalistes prennent possession de Plainfield. Après plusieurs jours, Ed confesse le meurtre de Worden. Il avoue également que pendant une période de cinq ans, débutant en 1947, il a visité le cimetière de la ville de façon récurrente, et qu’à neuf occasions, il a déterré le corps de personnes fraîchement décédées. Il explique qu’à cette période, il surveillait la rubrique mortuaire du journal pour trouver les corps qu’il volait, et sélectionnait les corps de femmes plutôt jeunes. La presse dépeint alors Edward Gein comme un psychopathe cannibale sexuellement dépravé et l’accuse d’être responsable de toutes les disparitions ayant eu lieu dans la ville.


Durant les interrogations, Gein confesse les actes horribles qu’il a exercé sur les corps. Il explique également qu’il a déterré des corps pour leur voler les parties qui l’intéressait, et qu’il les a ensuite redéposés dans leurs cercueils comme si de rien n’était. Il avoue également avoir porté les masques et les vêtements qu’il a créés. Durant toutes les interrogations, il reste poli et confiant, il semble même apprécier l’attention de la presse à son égard. Après des examens physiques, Gein est jugé en bonne forme, mais son examen psychologique met en évidence qu’il a une personnalité schizophrénique névrosée, et l’incapacité de se rendre compte de la réalité : il est donc déclaré fou.


Cette nouvelle lance l’effroi dans la ville, les gens qui le connaissent ne sont pas convaincus : ils pensent qu’Ed est responsable de ses actes mais qu’il n’est pas fou. Ces derniers ont en réalité peur qu’il ne soit pas jugé à la hauteur de ses actes à cause de ces déclarations.


Gein est enfermé à l’hôpital psychiatrique et il est déclaré inapte à subir un procès. Alors que Gein est retenu à l’hôpital pour une durée indéterminée, ses possessions sont vendues aux enchères. Le 20 mars, sa ferme est totalement détruite et brûlée.


Gein passe le reste de sa vie interné et meurt en 1984 d’une insuffisance respiratoire. Sa macabre histoire est popularisée dans les années 60, avec Alfred Hitchcock et son film « Psychose », inspiré de l’histoire du tueur, notamment de sa relation lugubre et obsessionnelle avec sa mère.


Leyna