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Dragsholm : le château danois aux cent fantômes

Niché au cœur de la péninsule de Odsherred dans la région de Sélande – l’île principale du Danemark, la superbe façade baroque du château de Dragsholm se distingue devant l’immensité de la plaine, seule, face à la mer du Nord, abritant ses habitants des vents féroces. Tantôt palace, tantôt fortification ou prison, l’histoire assez particulière de Dragsholm en fait un château hors du commun.


Son nom fut attribué en référence à la petite portion de terre qui reliait la péninsule de Odsherred et Sélande. En effet, dans le langage Viking, « drag » signifiait « petite portion de terre ». Cette dernière relevait d’une importance capitale pour les Vikings, puisqu’ils s’en servaient pour y remonter leurs Drakkars et les protéger des vents impitoyables de la mer du Nord. Le château, construit sur une forme d’îlot (« holm ») s’est vu attribuer le nom de « Dragsholm » (l’îlot situé près du sillon de terre).


Château de Dragsholm aujourd’hui © Boccoco

L’histoire de Dragsholm

Construit au XIIème siècle par l’évêque de Roskilde, Peder Sunesen, le château de Dragsholm se destinait à l’origine à servir de résidence et de fortification pour les nobles. Bénéficiant d’une vue imprenable sur la mer et la péninsule de Odsherred, il fut l’un des seuls châteaux impénétrables à résister aux guerres qui firent rage au Moyen-Âge. Au XVIème siècle, sorti de la guerre qui opposa les Catholiques des Protestants dont le roi Christian III, fervent protestant qui en ressortit vainqueur, Dragsholm devint aussitôt une prison. Refuge mortifère d’innombrables prisonniers nobles et ecclésiastiques, on ajusta le confort des cellules en fonction de la gravité du crime commis. De célèbres courtisans, comme Eljer Brockenhuus furent même emprisonnés dans les avilissantes geôles du château. Détruit puis reconstruit au XVIIème siècle, Dragsholm est désormais un château de style baroque servant d’hôtel et de restaurant de luxe.


Le château de Dragsholm au Moyen-Âge © Hautingdarkness.com

En qualité d’ancienne fortification et prison, maintes et maints malheureux trépassèrent entre les murs terrifiants des donjons, le plus souvent dans des conditions abominables. Sa grande notoriété en fait même l’endroit le plus hanté du Danemark, et l’un des plus hantés d’Europe. Plus de cent esprits y auraient établi résidence et hanteraient encore les couloirs des échos déchirants de leur sinistre trépas. Trois esprits en particulier se manifesteraient à de nombreuses occasions aux résidents et visiteurs de Dragsholm.


La Dame blanche et la Dame grise

On raconte que de son vivant, une jeune femme du nom de Célina Bovles, se serait éprise d’un domestique du château, tandis qu’elle était promise à un autre homme, de par son statut de noble. Son père, propriétaire à l’époque du château, éclata de colère lorsqu’il apprit que sa fille attendait un enfant d’un paysan, et lui ordonna de ne plus jamais revoir son bien-aimé. Se voyant refuser, il décida de l’enfermer dans l’un des donjons du château, et ce, jusqu’à ce que mort s’en suive. Les années suivantes, ses cris et hurlements de douleur résonnèrent encore et encore à travers les murs du château. Dans les années trente, lors des travaux de rénovation du château, les ouvriers découvrirent alors ce qui semblait être son squelette, toujours vêtu de sa robe blanche. Éperdue, on raconte aujourd’hui que l’on entend encore la dame blanche sangloter dans les couloirs du château, à la recherche vaine de son amant tant chéri.


Quant à la dame grise, il s’agit là d’une toute autre histoire. Une servante du château souffrait d’un terrible mal de dents. Devenue insupportable, le propriétaire du château lui prodigua une mixture à base d’herbes afin de soulager son mal. Bien plus tard, après sa mort, la dame grise continue à demeurer dans le château, et pour remercier le propriétaire de lui avoir soigné son mal de dents, elle aide les résidents et les guide à travers les couloirs. Elle est considérée comme un esprit protecteur qui veille sur le lieu et ses habitants.


Le Comte James Hepburn

L’histoire du comte connut une fin bien tragique. Quatrième comte de Bothswell et troisième époux de Marie Stuart, Ière reine d’Ecosse, son périple le conduisit tout droit aux donjons du château de Dragsholm. Noble suédois, il fut d’abord fiancé à une jeune aristocrate suédoise, Anna Rustung. En peine de fortune, il finit par s’enfuir en s’emparant d’un butin offert par le père d’Anna à sa fille. Plus tard, il fut marié à Marie Stuart, mais le mariage s’avéra chaotique, de par les conflits entre Hepburn et les courtisans.


Comte James Hepburn © Wikipédia

Monté à bord d’un navire à la suite d’une énième révolte contre le comte, James Hepburn fut arrêté aux côtes danoises pour des papiers non conformes. Reconnu pour ses divers délits, et même pour le soit-disant meurtre de l’époux de l’une des femmes qu’il courtisait, on se hâta de l’enfermer dans les geôles du château de Dragsholm. Sa cellule, sans fenêtre, demeura son seul foyer jusqu’à ce qu’il meure, dix ans après. Durant sa vie en prison, on l’enchaîna à un pilier avec un sillon circulaire au sol, pilier que l’on peut encore observer dans le donjon du château. Mort dans des conditions épouvantables, sans lumière et affamé, on peut encore l’entendre courir dans le château. Certains prétendent même avoir déjà entendu le tambour des sabots de son cheval retentir sur le sol du château.


Un grand nombre de personnes périrent dans le château de Dragsholm, faisant de lui l’un des lieux les plus sordides et hantés d’Europe. Aujourd’hui métamorphosé en sublime hôtel et restaurant, il accueille des touristes curieux, avertis ou non de l’effroyable histoire du lieu. Maintenant que vous en savez plus sur Dragsholm, seriez-vous tenté.e de passer une nuit dans le château aux cent fantômes ?


Amandine