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Dorothea Puente : Mamie gâteau ou mamie tueuse ?

Une maison est un lieu synonyme de confort et de sécurité. Qu’en est-il lorsque la propriétaire s’avère être une tueuse en série, avide de votre argent ? Dorothea Puente, âgée de 51 ans, achète une grande maison à Sacramento pour la transformer en pension pour venir en aide à des personnes handicapées ou malades. D’un point de vue extérieur, Dorothea est une mamie au grand cœur. Mais ses pensionnaires commencent rapidement à disparaître....


Dorothea Puente, âgée de 59 ans. ©Getty - Contributor

Une enfance difficile


Dorothea Puente est née le 9 janvier 1929 à Redlands, en Californie, région qu’elle ne quittera que très peu tout au long de sa vie. C’est la sixième enfant d’une fratrie de sept. James et Trudy, ses parents, sont alcooliques. Ils travaillent dans des champs de coton et pour pouvoir acheter toujours plus d’alcool, la mère de Dorothea se prostitue.


Le soir, les hommes défilent dans la maison et les enfants sont enfermés dans un placard avec de la nourriture, pour conserver de « l’intimité ».


De plus, le couple a des penchants suicidaires. À de nombreuses reprises, Trudy se tiendra devant ses enfants, un pistolet sur sa tempe, menaçant d’appuyer sur la détente. James quant à lui tentera de se pendre devant Dorothea, alors âgée de cinq ans.


Leur père décède en 1937 et leur mère meurt l’année d’après dans un accident de moto. Dorothea n’a que neuf ans à la mort de ses parents. Ses frères et sœurs sont placés en familles d’accueil et elle, en orphelinat. La petite fille est rapidement adoptée par une famille californienne qui lui offre une enfance normale, malgré de nombreuses séquelles.



Les premiers émois : Les abandons et le début des vols


Nous sommes en 1945. Âgée de seize ans, Dorothea rencontre Fred, 22 ans, qui rentre de la Seconde Guerre Mondiale. Rapidement, le couple se marie et a deux petites filles. Malheureusement, les parents n’ayant pas les moyens pour s’en occuper, l’une est placée en orphelinat et la seconde dans la maison des parents adoptifs de Dorothea. Finalement, ils se séparent après trois ans de mariage et l’abandon de leurs deux enfants.


Afin de conserver un statut social de femme mariée et à ses débuts de voleuse, Dorothea continue de faire des chèques au nom de son mari, la conduisant à six mois de prison. À sa sortie, elle rencontre un homme et tombe de nouveau enceinte. Encore une fois, elle mettra son enfant à l’adoption, faute de moyens et de cœur.


En 1952 et âgée de 23 ans, Dorothea rencontre Axel Johnson à San Francisco, dans un bar. Le couple se marie et s’installe à Sacramento, en Californie.


L’idylle tourne au cauchemar. Dorothea se met à boire, à jouer aux jeux et à voir des hommes, reproduisant un schéma familial qu’elle connaît. Envahie par des excès de violence, elle frappe son mari à plusieurs reprises.


À 32 ans et sur demande de Johnson, elle est internée en psychiatrie et mise sous antipsychotiques (utilisés pour lutter contre la schizophrénie et la paranoïa). À sa sortie, après 14 ans de mariage, le couple divorce.

Dorothea a alors un déclic : voler de vieilles personnes.



Les affaires commencent...


Au début des années 70, Dorothea se met à voler. Son terrain de chasse ? Les bars. Sa technique ? Draguer des hommes âgés avec un compte bien garni et s’attirer leurs bonnes grâces pour faire en sorte qu’ils s’apitoient sur son sort. Grâce à ses fructueuses manipulations, elle ouvre une pension située au 1426 F Street à Sacramento. Les chambres sont destinées à des personnes pauvres, âgées, handicapées et malades.


Dorothea serait-elle en train de se repentir ? Nullement.


Cette cible de personnes est mûrement réfléchie : tous les pensionnaires ont droit à des aides sociales. De ce fait, leurs courriers sont réceptionnés par Dorothea elle-même. Celle-ci modifie le chèque, le met à son nom et transmet aux pensionnaires une somme bien plus faible que celle d’origine.


Cependant, les pensionnaires ne sont pas dupes, ils ont conscience de recevoir moins d’argent qu’auparavant. Peu à peu, ceux qui insistent le plus pour revoir leur argent commencent à disparaître. Pour sa défense, Dorothea dit qu’ils sont partis d’eux-mêmes, mais le mensonge ne tient pas la route. Dénoncée par un locataire sur son comportement douteux, elle est condamnée à cinq ans de prison.



...et continuent


Dès sa sortie, elle revient dans sa pension et à ses premières activités : le vol. Avec l’argent amassé, elle ouvre avec Ruth Monroe son associée, un petit restaurant servant des plats basiques et peu chers, le « Rune Corner ». Le restaurant tourne très bien, au point où nous pourrions nous demander si Dorothea ne cesserait pas ses activités criminelles.


Lorsque son mari tombe malade, Ruth vient vivre dans la pension de Dorothea pour se changer les idées. Deux semaines plus tard, elle meurt d’une surdose de médicaments. Malgré les profonds soupçons envers son ancienne associée, celle-ci n’est pas mise en cause. Elle en profite même pour vider les comptes de leur petite entreprise et les transférer sur son épargne personnelle.


Malgré beaucoup d’argent cumulé, Dorothea est très gourmande et ne peut s’empêcher de continuer à voler, ce qui lui vaut, encore une fois, un retour en prison.


Durant son incarcération, elle échange des lettres avec un homme appelé Everson Gillmouth, un retraité de 77 ans qui touche une très bonne retraite. Ce dernier est fou amoureux de Dorothea. Quant à elle, vous savez de quoi elle est amoureuse.


À sa sortie de prison, Everson lui autorise l’accès à son compte courant. Dans l’heure qui suit la signature du contrat, Dorothea lui assène un coup fatal de pelle.

Pour la première fois, la meurtrière se retrouve avec un corps sur les bras. Elle engage alors un homme à tout faire, pour qu’il construise une grande boîte : le cercueil d’Everson. L’immense boîte finit dans la rivière et malgré ses interrogations, le travailleur ne pose pas de questions.


Le corps d’Everson est découvert bien plus tard. En ayant passé des mois dans l’eau, il est méconnaissable. Il n’y aura donc pour l’instant aucune reconnaissance d’identité.



L’apogée de sa folie meurtrière


En 1986, Dorothea âgée de 57 ans contacte Peggy Nikerson, une assistante sociale chargée de trouver des logements à des personnes âgées, pour trouver de nouveaux locataires. L’assistante accepte et lui envoie au total dix-neuf personnes. Les nouveaux habitants ne se rendent pas compte que Dorothea les dépouillent progressivement, car ils étaient déjà sous tutelle financière auparavant.


Sur les dix-neuf personnes, toutes vont disparaître dans d’étranges conditions, ainsi que leur argent.


Plusieurs des victimes de Dorothea Puente. De gauche à droite et de haut en bas : Ruth Monroe (âgée de 61 ans), Everson Gillmouth (77), Alvaro Bert Montoya (51), Dorothy Miller (64), Benjamin Fink (55), Betty Palmer (78), Leona Carpenter (78), James Gallop (62) et Vera Faye Martin (64). ©The Sacramento Archives, Courtesy

Le mode opératoire de la mamie tueuse est l’empoisonnement. En effet, elle avait accès à beaucoup de médicaments étant donné qu’elle accueillait des personnes malades. De ce fait, elle pouvait doser à sa guise.

Pour se débarrasser des corps, elle les enterrait dans le jardin, devenu un cimetière de l’horreur. Ne creusant pas assez profondément et avec les corps en décomposition, la puanteur stagne dans la propriété.

Un homme de main est engagé pour cimenter une partie du jardin et creuser des trous plus profonds, avant de disparaître à son tour...

Malgré les odeurs nauséabondes, les plaintes des familles des disparus, personne ne soupçonne Dorothea Puente, une vieille dame d’apparence fragile et très bien vue dans le quartier.


Les soupçons naissent suite à la disparition de Bert Montoya. Des policiers viennent à la pension et interrogent les habitants. Tous répondent que Bert est parti au Mexique, comme le clame Dorothea. Un seul homme, John, glisse un papier sur lequel est marqué « Elle me fait mentir, s’il vous plaît, rencontrez moi seul, loin de Dorothea ». Ramené au poste de police, le vieil homme se libère d’un poids : les odeurs du jardin, les disparitions, la peur, un bruit sourd et un corps traîné, la nuit où Bert a disparu.



Les premiers soupçons


Le 10 novembre 1988, deux agents de police, John Cabrera et Terry Brown se rendent chez Dorothea Puente. Cette dernière ne craint pas les autorités. Qui soupçonnerait une dame âgée ?


Les policiers demandent à fouiller le jardin et la vieille femme leur prête même sa pelle, sa propre pelle assassine.


La pelle de Dorothea Puente. ©Jeremy Sykes

Les autorités commencent à creuser et tombent sur un os, puis un corps de femme. Pourtant, ce jour-là, Dorothea Puente n’est pas arrêtée. Encore une fois, elle joue son rôle de vieille dame innocente, sans défense. De plus, retrouver des corps enterrés dans son jardin n’était pas si improbable pour l’époque car au XIXème et XXème siècle, il était courant que les familles pauvres y enterrent les défunts.


Cependant, toute une équipe d’experts et de pelleteuses se présentent le lendemain à la pension. 6 Dorothea Puente prétexte un mal de tête et annonce qu’elle va juste boire un café au bar du coin. En réalité, lorsque les policiers se rendent compte de sa disparition, la meurtrière est déjà loin. À l’issue de sa cavale, elle est repérée à Los Angeles après une énième tentative d’escroquerie sur un homme.



Une découverte macabre


C’est un véritable choc pour Sacramento. Quinze victimes sont retrouvées dans le jardin de l’horreur. Plusieurs corps n’ont plus de tête ou de membres. L’acharnement et la haine s’illustrent dans l’état des cadavres en décomposition, dont certains ont encore leur montre qui tourne à leur poignet.


Le nombre officiel de victimes de Dorothea est de quinze. Cependant, nous pouvons imaginer qu’elle s’est également débarrassée de ses victimes dans des lieux discrets tels que les forêts ou les rivières. Sans oublier que plusieurs pensionnaires n’avaient plus de familles et donc, qu’ils n’ont jamais fait l’objet de recherches.


Sortie des corps du jardin de la pension. ©AP : Associated Press

Un procès interminable et des preuves accablantes


Son procès est le plus long de toute l’histoire de la Californie avec une durée d’un an. Dorothea ne s’exprimera jamais publiquement pendant son procès et invoquera régulièrement le cinquième amendement de la Constitution Américaine permettant à tout citoyen de refuser de témoigner contre lui-même dans une affaire pénale.


Plus d’une centaine de témoins sont appelés : des voisins qui sentaient les odeurs putrides et tombaient parfois sur des dents, les familles des victimes, des pensionnaires dont les langues se délient.


De plus, des traces de puissants sédatifs vont être retrouvées dans les corps des victimes. Un témoin soulignera d’ailleurs que Dorothea faisait de nombreux allers-retours à la pharmacie, sûrement pour s’en procurer.


Dorothea avait accès à de nombreux médicaments. ©The Sacramento Archives, Courtesy

Pourtant, malgré les preuves accablantes, Dorothea nie complètement. Elle avoue avoir volé et encaissé au nom des victimes plus de soixante chèques, mais se dit innocente quant aux meurtres.


Il faudra 43 jours pour que la justice se positionne sur sa culpabilité, elle-même doutant des meurtres de cette mamie à priori inoffensive.


Dorothea Puente est finalement inculpée des meurtres de neuf personnes et la justice américaine la condamne à une double peine de prison à vie pour seulement trois des neuf meurtres dont elle est accusée, le jury n’étant pas parvenu à rendre son verdict pour les autres assassinats.



Un complice caché ?


Au regard des faits, nous pouvons légitimement nous poser la question d’une possible intervention d’un tiers. En effet, Dorothea avait 59 ans au point culminant de sa folie meurtrière et mesurait 1m60. Dans une pension avec trois étages et des habitants mesurant jusqu’à 1m90, il est possible qu’elle ait été aidée à tuer et à cacher les corps.


De plus, des voisins ont témoignés avoir régulièrement vu un homme venir et repartir avec des sacs poubelle. Un suspect est arrêté : John Mc Coller, un pensionnaire resté plusieurs années dans la maison de l’horreur. Arrêté puis relâché rapidement, faute de preuves, il se volatilisera.



Diagnostic et fin


Dorothea Puente a été diagnostiquée comme schizophrène, ne ressentant ni remord ni regret. La pension de la mort a été rachetée par un couple d’américains passionné de lieux insolites. Aujourd’hui, elle est accessible aux visiteurs, en quête de frissons et d’épouvante. Elle fait aussi l’objet d’une émission sur le paranormal « Ghost Adventures », où nous pouvons entendre s’élever les voix de victimes errantes dans le jardin, qui n’ont jamais été retrouvées.


Dorothea Puente est décédée à l’âge de 82 ans, le 27 mars 2011, après vingt-trois ans de prison. Elle n’aura jamais avoué les meurtres, exprimé le moindre regret ou fait part de ses autres cachettes macabres.


“Never judge a book by its cover.” (= Ne jamais juger un livre à sa couverture). John Cabrera, officier chargé de l’enquête (dailymail.com, 2018).


Nos pensées vont aux familles des victimes et à tous celles qui n’ont jamais été retrouvées. Que leurs âmes reposent en paix.


-Ève-Marie