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Cécile Bourgeon : La douce folie meurtrière d'une mère

Mis à jour : 21 oct. 2019


C’est en 2008 que Cécile Bourgeon, 19 ans seulement, donne naissance à son premier enfant, Fiona. Tout juste sortie de l’adolescence, la jeune femme est pourtant fière de sa fille à la jolie frimousse blonde. Et pour cause, ayant grandi auprès de parents défaillants elle rêvait depuis toujours de fonder la famille parfaite.


Cette enfance troublée est à l’origine de nombreuses blessures que l'on pourrait qualifier de « failles narcissiques ». Son frère dira lui-même qu'elle «dégageait quelque chose de fort tout en ayant en elle une grande fragilité.»


Une jeune femme fragile se scarifiant, accroc aux drogues dures et sous un autre jour une manipulatrice hors pair cachant ses failles pour garder l’image d’une mère exemplaire. Cécile est l'être et le paraître.

Durant le procès, elle n’hésite d'ailleurs pas à se victimiser, dévoilant toute la perversité de sa personnalité : «Aujourd'hui ça fait 5 ans que je suis là, que je ne suis pas avec mes enfants. J'avais ma fille de 2 ans, j'avais mon fils de 2 semaines que je tenais toujours contre moi. Maintenant je suis en prison, c'est la triple peine ! Je suis une mère et je ne suis pas avec mes enfants ! »


Pourtant accusée du meurtre de sa fille, elle reste égocentrique, s’accaparant même du rôle de victime.


C’est cette enfance bancale qui a construit cette personnalité à double tranchant.

Née d'un père violent aux mœurs douteuses, Cécile est à la recherche permanente de l'amour véritable qui lui a tant manqué durant son enfance.


À sa rencontre avec Berkhane Makhlouf, c’est l’évidence. Après avoir quitté Nicolas, le père de Fiona, la jeune femme voit en ce nouveau compagnon l'espoir de mener la vie dont elle rêvait. Mais Berkhane, à l'image de son père, fait quelques fois preuve de violences. Certains le comparent à un dictateur, imposant aux filles de Cécile ses restrictions religieuses et exigeant de se faire appeler « papa ».


Par un jour de mai 2013, Cécile se rend au parc Montjuzet de Clermont Ferrand accompagnée de ses deux filles, respectivement âgées de 2 et 5 ans. Enceinte de six mois, la future maman s'endort sur un banc tandis que ses filles jouent ensemble.

À son réveil, Fiona n'est plus là. Les informations locales ne tardent pas à s'emparer de l'affaire et la France entière se prend d'affection pour celle que l'on appelle encore aujourd'hui : la petite Fiona.


« Il faut retrouver Fiona. Je le dis, le redis : on a besoin d'aide. Que ce soit moi, mon homme, Eva ou même Fiona... ». Interviewée par les journalistes, la jeune femme ne parvient pas à terminer sa phrase tant sa peine est tiraillante.


Les français se mobilisèrent pendant quatre mois dans un élan de solidarité et d'amour comme la France en a peu connu. Le commissariat chargé de l'enquête recevait des appels de témoins ayant aperçus la petite fille dans le sud du pays ou même au Canada. Cécile émeut, Cécile touche le cœur des français mais en réalité, Fiona est déjà enterrée et le scénario de la sieste dans le parc a finement été élaboré.


Comment une mère peut-elle manipuler les médias avec tant de conviction et de larmes ? Comment peut- on mentir aussi longtemps sans jamais vaciller ?

Le mensonge d'un criminel est une forme de protection ; Dissimuler la réalité à ses proches, par exemple, est un moyen d'échapper à leur jugements qui altéreraient de manière considérable la façon dont il se perçoit. Il essaie de s'attirer la sympathie du peuple en le plongeant dans un scénario où le bourreau devient la victime. Ainsi, Cécile Bourgeon fatiguée par sa troisième grossesse, s'est endormie par un bel après-midi de mai et quelqu'un aura profité de cet instant de négligence pour enlever son enfant.


C'est en septembre 2013, lors d'une garde-à-vue, qu'elle avoue la terrible vérité : Fiona est morte accidentellement et le couple a lui-même enterré l'enfant. Les causes de la mort de Fiona sont extrêmement difficiles à déterminer au vu de l'absence du corps.

L’enfant aurait-elle pu avaler par inadvertance des stupéfiants ? Aurait-elle pu subir des violences physiques ? C'est la piste privilégiée par les enquêteurs, d’autant plus que


Cécile a dévoilé que Berkhane avait donné un coup à Fiona, duquel était apparu un hématome sur la tempe gauche de l'enfant.


Le 10 mai 2013, Cécile et son compagnon Berkhane, se sont rendus chez le médecin afin de se procurer un certificat pour justifier une absence scolaire de vingt-et-un jours pour Fiona. Sans même avoir rencontré l’enfant, le médecin délivra le papier au couple. Ce document a soulevé de nombreuses questions durant le procès qui s'est ouvert ce 29 janvier 2018 : Quel motif peut justifier une absence de vingt-et-un jours, d'autant plus que Fiona n'allait plus à l'école depuis le 12 avril ? Était-ce le temps dont le couple avait besoin pour faire disparaître le corps ainsi que toutes traces du crime ?

Maître Sanesi de Gentile, l'avocat général, plaida la « co-action » devant la cours d'assises de la Haute-Loire. Cécile maquillait Fiona pour camoufler les bleus que Barkhane créait de par ses coups. En agissant de la sorte, la mère de l'enfant a accepté la violence de son conjoint: cacher les coups pour qu'ils puissent exister, sans jamais en être inquiété.


De plus, Nicolas Chafoulais, le père de Fiona, n'a pas réussi à voir ses deux filles durant tout le mois de mai malgré ses nombreuses relances.


Alors, qu'a-t-il bien pu se passer durant ces 21 jours ?

L'experte légiste dont le rôle fut très délicat dans ce procès est formelle : Fiona est décédée des suites d'une longue agonie causée par des violences physiques répétées. Les coups en eux-mêmes n'étaient pas mortels. En revanche, leur répétition l'a été.

Le corps de Fiona n'a malheureusement pas pu livrer son témoignage puisqu'il n'a encore jamais été retrouvé. Cécile et Berkhane ne se souviennent effectivement pas de l'endroit où ils ont enterré la fillette : « Je suis pas de la région moi, je sais pas » disait Berkhane alors que Cécile se contentait de répéter qu'elle ne se souvenait plus. La thèse de l'amnésie traumatique a eu peu de place dans le procès du couple dont le silence garde en éveil bien des questions. Qu'a pu subir Fiona pour que les accusés aient ce profond désir qu'elle ne soit pas retrouvée ? Qu'ont-ils à cacher ? Pourquoi ne pas avoir appelé les secours le matin du 13 mai lorsque le corps de la fillette a été découvert sur son lit ?


« On avait peur de se faire enlever les enfants, alors on a décidé de faire l'enterrement nous- même. Je voulais appeler les pompiers mais Cécile, elle voulait pas », une réponse qui ne convainc que peu les avocats et les experts qui en sont certains : Fiona a vécu un long calvaire qui pourrait bien être pire que ce que l'on croit connaître aujourd'hui. Cécile avait d'ailleurs nettoyé entièrement la chambre de sa fille afin que cette dernière puisse « retrouver une chambre et un lit bien propre à son retour ».


La chambre aurait-elle pu lever le voile sur quelques unes des questions qui restent à ce jour sans réponses ? Peut-être. Ce qui est certain c’est que l’hypothèse de l’enlèvement privilégiée au début de l’enquête a laissé le temps au couple de faire tout le nécessaire pour cacher la sombre vérité.



Le rôle de Cécile Bourgeon est très difficile à déterminer dans cette affaire. Certains diront qu'elle a été manipulée par Berkhane, par l’amour qu’elle ressentait pour lui. Fiona les dérangeait, elle devait disparaître. D'autres diront que la jeune mère de famille cachait une part sombre, si bien qu'elle était capable de cacher à ses amies sa consommation excessive de drogues dures.


Femme battue, femme violente, femme dépendante, dépeinte comme étant une mère négligente ou au contraire aimante, Cécile Bourgeon a une tactique de défense imparable : elle ne se souvient de rien.


Accusée de violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, de dénonciation de crime imaginaire, de modifications de la scène de crime et de non-assistance à personne en danger, Cécile Bourgeon tout comme son compagnon, ont été condamnés à 20 ans de réclusion criminelle et la jeune mère s'est vue destituée de ses droits parentaux.


Karine