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Brocéliande : la forêt légendaire.


© Le savoir perdu des anciens

Brocéliande est l’une des forêts les plus célèbres grâce notamment aux histoires des chevaliers de la Table Ronde, du roi Arthur mais surtout, de l’enchanteur Merlin. Depuis des millénaires, elle attire bon nombre de visiteurs. Fées, magie, ou encore phénomènes inexplicables s’entremêlent. Partons à la découverte d’un des lieux les plus magiques au monde.


Située en Ille-et-Vilaine en Bretagne, la forêt de Paimpont s’étend sur une surface de vingt mille hectares. Seule une partie des neuf mille hectares serait appelée Brocéliande, là où magie résiderait mais là encore, la forêt n’a jamais pu être localisée avec certitude. Avant d’opter pour le nom qu’on lui connaît, elle s’appelait Breselien (c’est la forme correcte du mot en Breton) qui a évolué par la suite en Brecelien, Brécelien et Brécilien. Le sens de Breselien (grâce aux racines celtiques qui composent ce nom) pourrait être « la colline du marécage » car en raison du massif forestier de Paimpont, on retrouve beaucoup de zones marécageuses. Bon nombre d’auteurs de l’époque, évoquaient déjà cette mystérieuse forêt mais son nom est changé par Brocéliande au XIIème siècle sous la plume de l’auteur Chrétien de Troyes. À cette époque, il est le premier écrivain à écrire cinq romans. Il relate les aventures d’Arthur et des chevaliers et donne ainsi naissance à la littérature arthurienne. C’est à travers ses histoires que Brocéliande est devenue aujourd’hui un jeu de piste pour retrouver ces fameux lieux décrits. Mais avant de comprendre les lieux, il faut comprendre son histoire.


La fée Viviane (ou Niniane) est la fille du roi Donyas, un petit seigneur de la forêt Brocéliande. Il est dit que la déesse Diane vint à son berceau pour lui dicter son destin. Elle vit dans les forêts de Briosque, Danantes et de Brocéliande. Un jour, Viviane enlève le petit Galaad, fils du feu roi Ban de Bénoïc et futur héritier de l’Armorique, et l’emmène au fond d’un très grand lac, ignorant qu’il s’agissait là du passage magique pour rejoindre le royaume caché d’Avalon, une île sacrée. Dans d’autres textes, il s’agirait plutôt du lac de Diane et non de l’île d’Avalon. Viviane prend en charge l’éducation de son petit protégé et lui enseigne ainsi les arts et les lettres, la courtoisie, la sagesse mais également l’art du combat et le courage afin qu’il devienne un chevalier exemplaire. Galaad tient son surnom Lancelot de là où il grandit grâce à la fée. Lorsqu’il est fin prêt, elle l’emmène auprès de la cour du roi Arthur à Camelot, afin de le faire chevalier de la Table Ronde, dont il deviendra le plus célèbre représentant. Elle est surnommée la Dame du lac, car selon la légende elle vit dans un palais de cristal que Merlin aurait construit en une seule nuit et créant ainsi l’illusion d’un lac pour protéger le domaine de sa bien-aimée des regards indiscrets. Une apparence si parfaite pour tous les gens que nul encore aujourd’hui, à moins que la fée ne l’y autorise, ne peut apercevoir le lumineux palais. Le lac se situe devant le château de Comper, qui abrite depuis 1988 le Centre Arthurien pour faire revivre l’histoire avec ses expositions, ses spectacles…

Au-dessus du Val sans retour, nous pouvons voir l’hôtié de Vivianne, autrement dit, ce qui reste de sa maison. Hotié est un dérivé du mot hôte (hospes en latin), celui qui reçoit ou donne l’hospitalité. La fée y trouvait refuge au temps où elle ne connaissait pas encore Merlin. Ce site mégalithique situé à deux cents mètres d’altitude et offrant un panorama exceptionnel sur la forêt et les landes, daterait du néolithique. D’après les fouilles effectuées en 1982, ce site formerait un bel exemple de coffre sous tumulus notamment grâce aux haches polies, les silex et divers bijoux trouvés qui ressembleraient plus à du mobilier funéraire. D’où son autre nom : le tombeau des druides.


La fontaine de Barenton apparaît pour la première fois dans la littérature du XIIème siècle, sous la plume du Normand Wace avec le Roman de Rou avant d’être repris par Chrétien de Troye. Elle est l’unique lieu de la forêt de Paimpont qui présente un véritable lien avec le légendaire arthurien. Située non loin du hameau de la folle pensée, Viviane aimait se baigner dans la fontaine de Barenton, présumée magique. Elle aurait rencontré Merlin à cet endroit. De l’indo-européen bher signifiant « bouillonner » et du celtique andon « source », cette fontaine de 10°C seulement est réellement capable de bouillir, et c’est également certifié par l’auteur Chrétien de Troyes dans son Yvain ou le chevalier lion. Sur le côté, une pierre plate appelée la Margelle de Barenton, provoquerait la pluie si l’on y jette de l’eau de la fontaine dessus. Selon la tradition, Merlin appelait l’orage en répandant de l’eau à cet endroit. L’expérience fut reproduite en 1835 par la paroisse catholique de Concorcet afin de venir à bout d’une extrême sécheresse et en 1954 lors d’un congrès arthurien. Les orages qui s’ensuivirent furent, paraît-il, d’une rare violence. Selon certains villageois, la fontaine est capable de guérir de la folie. D’après le roman Yvain ou le Chevalier au Lion, un chevalier noir en serait le gardien.


© 1998-2020 Broceliande.guide

Merlin L’enchanteur : Connu sous les noms de « Myrddin » ou « Myrdhin » en gallois et « Merzhin » ou « Marzhin » en Breton, Merlin est généralement représenté comme un mage doté d’une grande sagesse et commandant aux éléments naturels et aux animaux. Il est décrit comme étant un « enchanteur », un « magicien ». Le nom même de Merlin n’a pas d’origine clairement définie. Certains le situent à l’époque des druides celtiques. Les noms « Merddin », « Myrddin », puis « Merlinus » ou encore « Merilun » furent utilisés successivement pour décrire un seul et même personnage. Mais ce sera le nom de Merlin qui sera adopté par la suite. Nous ne savons pas si ce personnage a réellement existé car les seules sources manuscrites de l’époque auraient disparu. En revanche, nous savons qu’un certain Merlinus Ambroisius, de descendance royale, aurait existé. La notoriété du personnage de Merlin prend donc naissance dans le livre des Chevaliers de la Table Ronde. Dans l’ouvrage, il est dit qu’il serait né de la rencontre d’une vierge et d’un démon. Très jeune, il découvre l’ampleur de ses pouvoirs. Il devient l’ami et le conseiller du roi Uther Pendragon et contribue à la naissance, l’éducation et l’accession au trône du roi Arthur. À la mort du roi Uther, il organise le défi de l’épée Excalibur qui permet à Arthur de succéder à son père. C’est également lui qui encourage la création de la Table Ronde et incite Arthur à y accéder afin que les chevaliers qui la constituent puissent se lancer dans des missions relevant du mythe notamment celle de la quête du Graal. D’après la légende, Merlin tomba éperdument amoureux de la fée Viviane à qui il confia le secret pour se lier à un homme à jamais. Malheureusement, son amour causera sa perte. La fée Viviane entreprit de réaliser cette magie, traçant les "neuf cercles" autour de Merlin endormi, mais la magie étant très puissante, il fut enfermé pour l’éternité dans sa geôle, au grand regret de la fée qui ne croyait pas que la chose fut possible. D’après la rumeur, il serait encore aujourd’hui toujours enfermé. Même si les légendes arthuriennes sont multiples, la tradition armoricaine situe le tombeau de Merlin en forêt de Brocéliande. Au-delà de cette certitude, la forme de sa prison varie. Ainsi nous pouvons voir trois dalles de schiste rouge sur sa tombe. Derrière le monument, pousse une aubépine. Or, c’est sous une aubépine en fleur que Viviane a pris Merlin au piège du sortilège qu’on ne peut dénouer. Aujourd’hui, beaucoup de fidèles et de touristes déposent des fleurs, des mots ou des cadeaux sur sa tombe en espérant voir parfois leurs vœux s’exaucer.


© 2020 tombeau-merlin

La fontaine de Jouvence : Près du village des Landelles à Saint-Malon-Sur-Mel, non loin du tombeau de Merlin, nous pouvons apercevoir une ancienne fontaine autrefois dite majestueuse, entourée d’énormes pierres. Elle fut découverte par un notable du pays de Montfort, Jean Côme Damien Poignand, féru d’antiquité romaine et celtique. C’est ainsi qu’un simple cours d’eau circulaire se distingua de par sa grandeur passée. Au XIXème siècle, lors du solstice d’été (21 juin), les nouveau-nés étaient lavés dans la fontaine par les druides avant d’être inscrits dans un registre appelé Marith. Ces fontaines étaient nommées « Jaouanc », (jeunesse), en langue celtique. Les parents qui n’avaient pu amener leur enfant l’année de sa naissance, l’inscrivaient l’année suivante. L’enfant était alors considéré comme nouveau-né et par conséquent, rajeunissait d’un an.


La fée Morgane ou la Dame d’Avalon : Appelée Morgain, Morgana, Morgane-le-Fay, Morgue, Famurgan ou encore la fée du Mont Gibel, comme son nom, son personnage varie au fil du temps. Apparaissant pour la première fois en 1150 dans le Vita Merlini de Geoffroy de Monmouth, Morgane est décrite comme une magicienne, guérisseuse, astrologue, capable de voler sous la forme d’un oiseau. Elle règne sur l’Ile d’Avalon avec ses huit sœurs. Guerrière dans l’âme et parfois comparée à la grande reine des irlandais Mor-Rigan, elle ressuscite dans le roman médiéval. Ainsi chez Chrétien de Troye, elle devient une fée puissante et généreuse. Fille d’Ygraine et de Gorlois de Tintagel, duc de Cornouailles, elle est la demi-sœur d’Arthur. (Arthur étant le fils d’Ygraine et du roi Uther Pendragon qui a eu recours à la magie de Merlin, prenant l’apparence de Gorlois afin de passer une nuit avec Ygraine). Elle est mariée au roi Urien de Rheged avec qui elle a eu un fils nommé Yvain, mais elle commet l’inceste avec Arthur et donne ainsi naissance à Mordred. Selon les différentes versions, elle est alliée puis ennemie des Chevaliers de la Table Ronde. Alors que son amant Guyamor la trompe, Morgane se venge en le transformant ainsi que sa maîtresse en pierre qui sera par la suite appelé le Rocher des faux amants. Pour combler sa colère, elle jette un puissant sortilège sur tout le Val sans Retour, là où elle réside, notamment sur une rivière appelée « miroir aux fées ». D’après une légende, autrefois, sept sœurs fées vivaient dans cette rivière et aimaient s’admirer à la surface de l’eau. Il est dit que les hommes qui ont un jour été infidèles, ne serait-ce qu’en pensée, y seront retenus indéfiniment, condamnés à errer. La plupart des Chevaliers de la Table Ronde n’y échappe pas. Lorsque Lancelot du Lac entend parler de ce lieu, il s’y rend et pénètre dans le Val. Mis à l’épreuve par Morgane, Lancelot prouve sa vertu et sa fidélité à la reine Guenièvre (à l’inverse d’elle qui trompa son époux Arthur). C’est ainsi qu’il lève le sortilège pesant sur la Val depuis dix-sept années et libère ainsi deux-cent-cinquante-trois chevaliers prisonniers.

Le jardin aux moines : Au nord de Tréhorenteuc, un ensemble mégalithique datant d’environ quatre mille ans avant notre ère intrigue de par sa forme. En 1983, des fouilles ont eu lieu pour tenter de comprendre sa fonction première. D’une longueur de vingt-sept mètres, il est constitué de vingt-sept petits blocs au nord et vingt-six au sud. Le peu de mobilier retrouvé sur place exclut l’hypothèse d’un habitat et le manque de coffre ou tombeau exclut celui de sépulture. Pour quelques-uns, sa fonction serait de type rituel. Il est construit alternativement en quartz et en schiste rouge. Il demeure un monument spectaculaire et original, mais une légende entoure ce site. Autrefois, des moines de la région passaient leur temps à festoyer avec les seigneurs locaux. Un jour de débauche, le Saint Méen, les supplia de revenir à leur vie plus saine, conforme à leur religion. Mais rien n’y fit, ils le chassèrent en se moquant. C’est alors que la punition divine tomba, les interrompant dans leur fête. Ils se changèrent tous en pierre, restant figés à jamais sur le lieu de leur péché. On ne sait pas si les pierres en quartz étaient les seigneurs et celles en schiste, les moines, ou inversement. Seulement deux ou trois monuments de ce type sont recensés en Bretagne.


© Le savoir perdu des anciens

Le château de Trécésson situé en Campénéac, posséderait à lui seul, cinq légendes. La plus connue et plus ancienne serait celle de la mariée de Trécésson qui a été l’objet de nombreuses publications. Publié pour la première fois en 1824 dans la revue Lycée Armoricain, elle apparaît comme une histoire véridique locale. Sans lien avec l’imaginaire arthurien, elle a été incorporée dans les légendes de la forêt de Paimpont. Sous le pseudonyme de A., l’auteur écrit l’avoir appris du concierge du château.

Une nuit, un braconnier se trouvant aux abords du château entendit un bruit qui le mit sur ses gardes. Il jeta précipitamment son fusil et se cacha. C’est alors qu’il aperçut une voiture attelée de deux chevaux noirs. Le cortège s’arrêta et des hommes se mirent à creuser une fosse. Deux gentilshommes sortirent de la voiture et en firent violemment descendre une jeune femme vêtue d’une robe de soie blanche, la tête couronnée de fleurs et portant un bouquet. Les deux hommes la poussèrent ; les yeux pleins de larmes et d’effroi, la jeune femme les suppliait en les appelant « frères ». Mais ils répondent qu’elle a déshonoré la famille. Après ce dernier échange, elle fut précipitée dans la fosse et recouverte de terre vivante. Le braconnier encore effrayé par la scène qu’il venait de voir, n’osa secourir la jeune femme. Il rentra précipitamment chez lui, raconta son aventure à sa femme qui lui reprocha sa lâcheté. Les époux se rendirent sur les lieux du crime mais, pris à nouveau de terreur, se résolurent à alerter le seigneur de Trécesson. Les portes du château étaient closes et après un long moment ils purent parler au concierge qui réveilla le seigneur. Ils exposèrent les faits à M. de Trécesson qui s’empressa de se rendre sur les lieux afin de secourir la jeune femme. En l’exhumant, elle poussa son dernier soupir en emportant avec elle le nom de ses bourreaux et sa propre identité. Durant des siècles et jusqu’à la Révolution, sa robe nuptiale, le bouquet et sa couronne de fleurs sont exposés dans la chapelle du domaine. Il est dit que les soirs de pleine lune, elle apparaîtrait sur les toits du château.


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La forêt de Brécilien, qui était rattachée au domaine seigneurial, est remplacée par la forêt de Paimpont dès lors de la création de la commune du même nom en 1791. En 1990, la forêt connaît un incendie qui ravage plusieurs hectares et landes. L’Association de Sauvegarde du Val sans Retour qui organise une opération, plante plus de 500 000 arbres (70% de feuillus et 30% de résineux). Pour représenter cet engagement et symboliser le renouveau de la forêt, une sculpture est commandée. Ainsi en 1991, nous pouvons voir l’Arbre d’or à l’entrée du Val Sans Retour nous rappelant à quel point notre nature est fragile et qu’il faut la préserver du mieux que nous le pouvons. Brocéliande a donc été très popularisé par les histoires arthuriennes, mais certains éléments restent encore à ce jour assez troublants.


Roxanne