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Baron Samedi, une des figures clés du Vaudou ?

Quand on évoque le Vaudou, beaucoup de personnes pensent directement à des malédictions ou aux fameuses poupées. Cependant, le Vaudou est une religion riche et complexe. La figure du Baron Samedi incarne à la perfection les dimensions passionnantes de celle-ci.


Lorsque l’on parle du Vaudou, la plupart des personnes s'imaginent des scènes assez épiques. Dans la culture populaire, on pense directement à des sorciers coupant des têtes de poulets pour des rituels obscurs ou à des personnes plantant des aiguilles dans des poupées. On utilise même souvent le terme ''vaudou'' pour évoquer des sortilèges ou des faits de magie noire. Cependant, il en est bien plus que ces simples clichés réducteurs. C’est une religion à part entière, au même titre que le Judaïsme, l'Islam ou l'Hindouisme. Par ailleurs, aujourd'hui, le Vaudou est la religion dominante en Haïti.


Le Vaudou trouve ses sources au XVIe siècle lors de la déportation d'esclaves africains dans les Caraïbes. Ce dernier adopte différents noms selon l'endroit où il est pratiqué. À Haïti, on l'écrira vaudou, tandis qu’à la Nouvelle-Orléans on écrira plutôt voodoo. Son nom évolue à son arrivée à Cuba donnant Santéria, Lukumia ou Regla de Ocha. Au Brésil, il devient Candomblé ou Umbanda. Dans cet article, nous préférerons utiliser son nom le plus utilisé en français, le Vaudou. Ces multiples noms évoquent bien les diverses origines, mais aussi sa richesse et sa complexité. L'originalité du Vaudou repose aussi sur ses diverses influences : pratiques magiques, sorcellerie mais aussi rites chrétiens et africains.


Il est donc le produit d'une riche histoire et de différentes cultures mais aussi la rencontre entre les forces naturelles et les forces occultes. L'aspect clé du Vaudou est partout le même : guérir. Certains sites évoquent que 60% de l'activité vaudou est constitué d'actes de guérison. On est bien loin des clichés de malédiction et de magie noire permanente. Les guérisseurs utilisent des herbes médicinales, tout comme la médecine dite occidentale. Ils peuvent aussi bien guérir les plaies physiques que les plaies de la foi.


Le panthéon Vaudou est complexe et empli de nombreuses figures. Pour les croyants du Vaudou, il y a un Dieu unique : Bondye, parfois aussi appelé Gran Met. Son panthéon est ensuite constitué de divinités, les loas, classées en plusieurs ''rites'' et partagées par tous les croyants. Ces loas sont des liens entre les êtres humains et Bondye. Attention toutefois à ne pas les confondre avec des anges ou des diables chrétiens ! Les loas ont des pouvoirs indépendants du Dieu unique, et incarnent en eux le bien comme le mal. Certains les comparent plutôt aux djinns de la religion musulmane. Les loas peuvent parfois ''posséder'' des humains pendant des cérémonies religieuses. Ils sont aussi porteurs de messages et peuvent provoquer des événements, bons ou mauvais.


Une des œuvres du Musée d'ethnographie de Genève. On y aperçoit deux personnes qui seraient en plein rituel vaudou, à chacun son interprétation quant à la teneur de la cérémonie. © visual07, Flickr

Pour classer les loas, il vaut mieux avoir du temps devant soi. Les figures sont multiples et leurs noms parfois changeants. Tous ont des attributs et des histoires bien particulières. De plus, le panthéon Vaudou n'est pas un panthéon figé. Des personnages historiques peuvent par exemple rejoindre ce panthéon. Pour simplifier les choses, les loas sont divisés en trois grands rites : Petro, Congo ou Rada (le plus important des trois). Un rite secret est aussi à rajouter, le Zandor. Pour finir votre liste de loas, n'oubliez pas non plus de compter l'infinité de génies complétant ce riche panthéon.


Passons maintenant à un exemple plus précis de loa. La plus grande famille de loas est la famille Ghede, obéissant au rite Petro. Cette famille incarne la mort et la fertilité. On attribue sa direction aux Barons et à Maman Brigitte. Les Barons sont des divinités de la mort, parés des attributs du deuil, quand Maman Brigitte est la gardienne des tombes et des cimetières.


En tant que famille, on les décrit comme bruyants, sexuels, grossiers mais surtout amusants. Ce sont des esprits macabres et grivois. Vu qu'ils ont déjà vécu, ils n'ont plus rien à craindre ou à perdre. Ils montrent donc souvent leur insensibilité en faisant des choses immondes. Ces loas peuvent manger du verre, des piments crus ou encore s'enduire les parties intimes de rhum ou de piment.


Baron Samedi dans toute sa splendeur. © Nicolas Munoz, Flickr

Dans la famille Ghede, on retrouve à sa tête le Baron Samedi et sa femme Maman Brigitte. Baron Samedi pourrait être considéré comme le père spirituel de cette famille d'esprits, dont il est le loa le plus redoutable. On y trouve de nombreux autres barons, comme le Baron Cimetière, le Baron La Croix, le Baron Kriminel ou encore le Baron Tonnerre. Tous sont uniques, ce ne sont pas des noms différents pour une seule entité. Chacun a son histoire, ses particularités et sa personnalité propre.


Toute la famille des Ghede a pour symbole une croix noire. Ils ont aussi les mêmes couleurs symboliques que leur chef de file, Baron Samedi, à savoir le noir et le violet. Ils sont tous évidemment liés par le symbole du cadavre.


Intéressons-nous donc maintenant à la figure centrale de la famille Ghede : Baron Samedi. Comme nous l'avons déjà dit, Baron Samedi est le plus redoutable des loas de sa famille, mais aussi plus généralement du rite Petro, un des trois rites vaudous.


Baron Samedi est l'esprit de la mort. Il est le maître des cimetières où il vit au côté de sa femme, Maman Brigitte. Elle est aussi appelée Grande Brigitte, Mademoiselle Brigitte ou Madame Brigitte. Elle est la gardienne des tombes et la loa des cimetières. Son mari est donc un loa de la mort, mais aussi un gardien des morts. En effet, Baron Samedi représente plusieurs choses à la fois. Il est le symbole de la mort, de la résurrection mais aussi du passé, de l'histoire et de l'héritage.


Baron Samedi passe beaucoup de temps dans le royaume invisible des esprits. Il se trouve souvent à la croisée du monde des vivants et du monde des morts. Ainsi, quand une personne meurt, Baron Samedi va creuser sa tombe. Il salue son âme puis l'amène dans le royaume des morts. Baron Samedi s'occupe donc du bon déroulement de ces opérations. Il veille à ce que les cadavres restent bien dans le sol. Il empêche donc les âmes de revenir, ce qui créerait un zombi.


Il a une personnalité qui tranche avec son rôle solennel d'esprit de la mort. Connu pour son comportement vulgaire et ses blagues sexuelles, il est décrit comme le seigneur de l'érotisme, mais aussi de la fête. Il est donc une incarnation de la mort plutôt sympathique, transformant le passage vers les enfers en un moment détendu. On le verrait souvent en train de boire de l'alcool et de danser, s’il n'est pas en train de proférer des obscénités bien sûr.


Le vévé du Baron Samedi. Un vévé est un symbole dessiné près du lieu de passage des esprits. Celui du Baron Samedi est constitué d'une croix sur un autel ou une tombe, entouré de deux cercueils. © chris, Public domain, via Wikimedia Commons

Baron Samedi est aussi connu pour être un esprit avec d'excellents goûts vestimentaires. Il apparaît souvent avec un haut-de-forme, des lunettes de soleil et un smoking noir. Il est décrit comme un homme noir, grand et beau. Baron Samedi est mince, mais musclé. D'autres représentations lui donnent une apparence plus squelettique. On le voit parfois avec une canne, fumant des cigarettes ou des cigares. Il est parfois représenté avec un bouchon de coton dans chaque narine. Ces bouchons proviennent d'une coutume haïtienne liée aux enterrements.


Le Baron Samedi serait un esprit juste. Il ne creuserait pas la tombe d'un individu pour qui l'heure n'est pas encore arrivée. Son caractère joueur et sympathique ne l'empêche pas d'aider les hommes. Il peut guérir ceux qui sont proches de la mort et recevoir des prières pour une longue vie. De plus, il serait un loa très puissant. Il est donc un des plus invoqués pour les problèmes de la vie courante (problèmes sérieux, financiers et médicaux). Il peut influencer les vies humaines de façon positive comme négative, provoquant une guérison inespérée ou un décès inattendu.


Baron Samedi est une figure emblématique du panthéon Vaudou. Son caractère et ses attributs lui donnent un rôle central dans sa famille Ghede comme dans la vie quotidienne des croyants. Il n'est pas la seule figure vaudou avec autant de richesses et d'histoires. Beaucoup d'autres loas ont la même profondeur, à vous d'aller creuser à présent.


- Emilie